Le président de la transition a surpris plus d’un le 28 mars dernier en accordant la grâce présidentielle au capitaine Moussa Dadis Camara, ex président de la transition de 2008 et figure marquante du procès du massacre du 28 septembre 2009. Selon le décret, cette grâce est motivée par l’état de santé de l’ex président. Notre rédaction a rencontré, ce mardi 1er avril, un des avocats qui aura marqué la procédure judiciaire ayant conduit à la condamnation à 20 ans de prison du capitaine Dadis Camara. Me Paul Yomba Kourouma, avocat de Toumba Diakité, ne cache pas sa surprise et sa déception.
Les avocats de Moussa Dadis Camara avaient en effet fait appel de la condamnation en première instance de leur client. C’est dans l’attente de l’ouverture de la procédure en appel que cette libération est intervenue. Pour l’avocat du commandant Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba, même si le pouvoir de grâce fait partie des prérogatives du chef de l’État, il obéit cependant à des règles juridiques, visiblement foulées au sol, selon lui.
« Cette grace a été rendue en violation de la loi. C’est quelque chose que nous avons trouvée difficile à expliquer sur le plan judiciaire, sur le plan juridique, et des écoles de Droit doivent vraiment s’interroger. Nous craignons qu’elle ne fasse preuve de jurisprudence. La grâce ne doit intervenir qu’à la suite d’une condamnation définitive, rendue par une juridiction nationale« , fulmine Me Paul Yomba Kourouma.
L’avocat de Toumba Diakité trouve aussi anormal que ce soit le ministre de la justice qui aille exécuter ce décret, en lieu et place d’un huissier de justice. « C’est le ministre de la Justice, garde des sceaux, lui-même qui va l’exécuter comme un huissier de justice. Lui-même, comme agent de l’administration pénitentiaire, nous sommes surpris. On dit qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Ça doit être gênant cette forme de mise en liberté. C’est la peine qui a été effacée mais les effets restent. Dadis voulait, d’un revers de la main, balayer cette condamnation-là. Il devrait prouver devant les magistrats de la Cour d’appel qu’il n’est pas auteur d’un crime contre l’humanité, qu’il n’est pas un tyran, qu’il ne peut pas retourner les armes contre son peuple. Je crois qu’on n’a pas été très sincère envers le chef de l’État, général Mamadi Doumbouya », ajoute l’avocat.
C’est en août 2024 que le capitaine Moussa Dadis Camara avait été condamné à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité. Une condamnation intervenue pour sa responsabilité dans le massacre du 28 septembre 2009.