Le livret scolaire est un outil pédagogique qui retrace le parcours de chaque apprenant. Mais, à bien des égards, des questions s’imposent sur son utilisation dans les écoles privées et publiques guinéennes.
Des questions qui se justifient par les récentes informations relayées dans la presse l’élève qui a ouvert le feu sur deux de ses camarades en classe, avec un pistolet artisanal au Lycée Sainte-Marie de Nongo. Ces informations précisaient notamment que l’élève Bangaly Camara, aurait été renvoyé de son ancienne école, le Complexe scolaire Saint-Georges de Taouyah, pour dit-on, vente et consommation de chicha.
Des questions légitimes sur le cas Bagaly…
Alors questions : sa nouvelle école, le Lycée Sainte-Marie de Nongo était-elle au courant des motifs de son renvoi ? Son livret scolaire mentionnait-il ce renvoi ? Ce livret l’avait-il d’ailleurs accompagné jusqu’à cette école ? Si oui, avait-on pris soin de le garder à l’œil au sein dudit établissement. Autant de questions et d’autres peuvent être soulevées dans le souci de savoir si son livret scolaire était resté muet sur le passif de cet élève, pourtant décrit comme intelligent en classe, comme on le dit souvent.
Au Groupe scolaire Saint Georges où nous nous sommes rendus pour évaluer la véracité de cette charge contre Bangaly Camara, aucun responsable n’a voulu se prêter à nos questions.
Pourtant dans plusieurs écoles privées, des responsables disent respecter, scrupuleusement, cette exigence du système éducatif guinéen. Les autorités imposent en effet, l’utilisation du livret comme moyen de contrôle et de suivi de l’apprenant. C’est le cas au Groupe scolaire Jean Jack Rousseau de Matoto Khabitaya. Le proviseur tente de nous rassurer sur le respect de l’utilisation des livrets scolaires dans son école. .
« Tous les livrets scolaires sont soigneusement gardés dans l’armoire. Ils nous permettent de connaître la situation d’un élève, et même de garantir sa sécurité et celle des autres. Quand un élève doit transférer dans notre école, le livret scolaire est l’un des documents exigés pour l’accepter. Celui qui faillit à cette exigence, s’expose à des sanctions chez nous ici», assure le fondateur, Elhadj Mamadou Diallo.
Dénicher les criminels et autres délinquants !
Une version d’ailleurs corroborée par des élèves que nous avons interrogés dans la cour de l’école.
« Chacun de nous a un livret scolaire. Quand tu dois s’inscrire dans cette école, on exige le livret scolaire pour voir si tu n’as pas des antécédents. Le proviseur nous dit toujours qu’il ne veut pas des délinquants et des criminels dans son établissement. Il en est de même pour ceux qui veulent quitter l’école. On vous donne toujours votre livret que vous devez présenter ailleurs pour être accepté », soutient Alkaly Soumah élève en Terminale.
Le livret comme outil de suivi…
Le sujet intéresse également d’autres écoles visitées dans la capitale guinéenne. Dans les Groupes scolaires Néné Biro de Sangoyah, la Lumière de Matoto et Oumou Diaby, situé à Démoudoula dans la commune de Ratoma, les encadreurs jurent à notre micro, veiller scrupuleusement sur l’utilisation du livret scolaire. Un document qui, selon eux, constitue l’outil de contrôle et de suivi de l’apprenant jusqu’à la fin de son cursus.
Un enseignant sonne la charge
Par contre, dans d’autres établissements privés, le constat est tout autre. Ainsi, au Groupe scolaire, Les Légendes du savoir, situé à Yimbaya Tannerie, des enseignants interrogés ont, sous anonymat, déploré le non-respect de l’utilisation de cet outil pédagogique dans leur établissement.
« Ici, les responsables violent plusieurs règlements imposés par le ministère de l’Enseignement pré-universitaire. Souvent, un élève peut atterrir dans l’école sans livret, parce que les fondateurs sont hantés par la course à l’argent. Ils n’exigent par des documents précieux, de peur de perdre un élève qui veut transférer dans l’école. A cela s’ajoute aussi la corruption. Quand un élève a des antécédents, il suffit de débourser de l’argent pour être accepté », regrette cet enseignant.
Le censeur s’en défend !
Pourtant, cette accusation est démentie par Harouna Sall, le censeur de ladite école.
« Nous avons certes des difficultés dans la conservation de nos livrets par manque de place, mais nous veillons au respect de l’utilisation de ce document qui nous permet de contrôler nos élèves . Le Ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MENA), qui procède à l’inspection dans les écoles, veille à cela. Donc, quand un enseignant vous donne une telle information, ce sont des mensonges », se défend mordicus cet encadreur.
Il ressort toutefois, que malgré les nombreux défis à relever concernant la disponibilité de certains outils pédagogiques précieux dans les établissements scolaires, l’importance du livret scolaire n’est pas à démontrer. Devant impérativement accompagner les élèves tout au long de leur parcours scolaire. Par exemple, ce document est même utilisé, apprend-on, dans le cadre des activités extra-scolaires, comme les tournois inter-écoles de football. Où il sert à vérifier l’appartenance effective des joueurs à leurs établissements respectifs.
AOB