À l’approche de la fête de l’Aïd-El-Kébir, à Conakry, l’effervescence est palpable. La Tabaski, fête musulmane marquée par l’immolation d’animaux, entraîne chaque année une ruée vers les parcs à bétail, transformés en véritables places d’échanges.
Ce dimanche, 1er juin 2025, nous avons sillonné plusieurs parcs de la capitale : Yembéya, Kamélia et la Tannerie. Des lieux bondés de monde, où se mêlent acheteurs et vendeurs, au milieu d’une multitude d’ovins et de bovins.
À Yembéya, le parc à bétail a été agrandi cette année pour faire face à la demande. Les animaux venus de l’intérieur du pays, mais surtout du Mali, y sont nombreux. Toutefois, les prix affichés sur le marché freinent plus d’un client.
Les vaches se vendent entre 6 et 10 millions de francs guinéens. Quant aux moutons maliens, très prisés, leurs prix oscillent entre 2 500 000 et 6 000 000 GNF. Les moutons locaux sont légèrement plus abordables, avec des tarifs variant entre 1 600 000 et 3 000 000 GNF.
Oumar Foulah Barry, vendeur de bétail, explique cette flambée des prix par la conjoncture économique : « Les devises sont instables et la concurrence est rude au Mali. J’ai investi 100 millions de francs guinéens pour importer du bétail. Là-bas, les prix sont déjà élevés. La surenchère complique tout. » Il espère tout de même écouler la majorité de ses bêtes avant la fête, quitte à vendre à perte les invendus après l’événement.
Sur place, certains acheteurs se plaignent ouvertement de la situation. Moussa Touré, venu avec son fils, a déboursé 2 900 000 GNF pour une chèvre: « L’année dernière, une bête de cette taille me coûtait 2 millions », déplore-t-il. Résigné, il ajoute : « C’est une obligation religieuse. Mais les autorités doivent soutenir davantage les éleveurs locaux, souvent victimes de vols. Chaque Guinéen devrait pouvoir s’offrir un bélier, pas seulement pour la Tabaski. »
Au marché de Kamélia, les vendeurs installés sous de larges hangars ou en bordure de route, attendent désespérément les clients. Le constat est amer. La clientèle se fait rare, et les prix élevés au Mali grèvent leurs marges.
Fodeba Kanté, un commerçant rencontré sur place, confirme : « Cette année, c’est compliqué. Le mouton coûte beaucoup plus cher au Mali qu’en 2024. Mais on est obligé d’en acheter pour pouvoir le vendre ici. Les prix varient entre 2 800 000 et 3 500 000 GNF, selon la taille de l’animal. »
Au marché de Dixinn-Liberté, la situation n’est guère plus réjouissante. Le responsable du parc à bétail, Elhadj Saliou Bah, se dit préoccupé: « Il n’y a vraiment pas de clients. Les visiteurs viennent au compte-gouttes. À ce rythme, nous risquons de rester avec de nombreuses bêtes après la fête. »
Même son de cloche du côté de la Tannerie. Abdoulaye Soumah venu acquérir un mouton pour la fête, exprime sa frustration : « En tant que Guinéen, je suis vraiment déçu. J’ai visité 5 marchés différents, mais partout, les prix sont excessivement élevés, comparés à l’an dernier. »
Amadou Diallo














