Les fidèles musulmans de Guinée s’apprêtent à célébrer la fête de Tabaski, un moment sacré de rassemblement, de partage et de ferveur religieuse. À cette occasion, la tradition veut que chacun portent des vêtements neufs pour la grande prière. Mais dans les marchés de Conakry, à quelques heures de la fête, la réalité économique frappe de plein fouet vendeurs comme acheteurs.
Dans la matinée de ce jeudi 5 juin 2025, nous nous sommes rendus au marché de Sonfonia, où une foule compacte déambulait dans les allées. Les stands, garnis de tenues traditionnelles, de chaussures, de bazins et d’accessoires, tentaient d’attirer une clientèle visiblement déboussolée par les prix affichés.

Moustapha Barry, vendeur de vêtements et de chaussures, y voit pourtant une opportunité : « Je vends des complets « Macky Sall » entre 380 000 et 700 000 GNF. Les chaussures, elles, varient entre 250 000 et 450 000 GNF selon la qualité », confie-t-il, le sourire aux lèvres.
Un optimisme que ne partagent pas tous les commerçants. Souleymane Baldé, vendeur de tenues pour adultes, est bien plus réservé : « Les gens viennent nombreux, mais peu achètent. Sur une trentaine de clients, à peine cinq passent à la caisse. Le reste regarde, demande les prix, mais repart sans rien. Ils trouvent tout trop cher », explique-t-il, visiblement inquiet.

Les témoignages des clients vont dans le même sens. Moussa Soumah, habitué des marchés de Conakry, dénonce la volatilité des prix. « Les prix changent d’un jour à l’autre. Hier encore, un complet Macky Sall pour enfant coûtait 90 000 GNF. Aujourd’hui, il faut débourser entre 300 000 et 400 000 GNF. Un simple pantalon est passé de 90.000 à 220 000 GNF, et la chemise débute à 150 000 GNF. Ce n’était pas comme ça les années passées », déplore-t-il.

Nous avons poursuivi notre visite au marché d’Enco 5 mais aussi au marché de Cosa, où la situation semble tout aussi tendue. Mabinty Camara, mère de quatre enfants, tente tant bien que mal de respecter la tradition sans trop grever son budget. « Cette année, c’est vraiment difficile. J’ai acheté trois pagnes pour mes deux filles, c’est moins cher que le prêt-à-porter. Pour mes garçons, j’ai pris un complet chacun à 300 000 GNF. Avant, ce qu’on trouvait à 70 000 GNF est devenu hors de prix. Les chaussures ? 100 000 GNF la paire au minimum. »
À la veille de la Tabaski, les familles se retrouvent donc confrontées à une équation difficile entre tradition religieuse, attentes sociales et pouvoir d’achat drastiquement réduit.
Amadou Diallo














