Ayant hérité d’une situation inconfortable provoquée par la compromission de plus 700 milliards de francs guinéens, l’équipe dirigeante intérimaire de la Direction Générale des Douanes, à travers un diagnostic profond et des mesures fortes, a prouvé sa détermination à sauver les meubles et restaurer la confiance dans cette importante régie de recettes de la Guinée.
Jamais une nouvelle Direction Générale n’avait pris les rênes des Douanes guinéennes dans un contexte aussi explosif. Nommés le 6 décembre 2024, le Colonel Cheick Gadiri Condé et le Colonel Sékou Ahmed Bah, respectivement Directeur général par intérim et Directeur général adjoint par intérim, ont en effet bénéficié de la confiance du Président Mamadi Doumbouya, en pleine tempête du scandale du présumé détournement de plus
de 700 milliards de francs guinéens. En effet, depuis près de six mois, dix (10) douaniers dont l’ancien Directeur général, le Général Moussa Camara et son adjoint, ont été placés en détention à la Maison centrale de Conakry par le Procureur spécial de la Cour de Répression des Infractions et Financières (CRIEF). Ils sont poursuivis pour «faux et usage de faux, corruption, détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité ». La CRIEF est également aux trousses de 14 sociétés de transit, poursuivies pour « complicité » dans ce dossier incandescent.
Des ‘’exceptions’’ et ‘’dérogations’’ accordées à la pelle !
En prenant les commandes du navire douanier guinéen, qui tanguait dans des eaux furieuses, la nouvelle Direction Générale par intérim des Douanes se devait de faire l’état des lieux, en identifiant les causes de l’évaporation de ce montant astronomique. D’après les informations glanées par Allure Mag dans les allées et venues du siège des Douanes guinéennes, à Conakry, deux causes profondes sont à l’origine de la compromission d’autant de recettes reprochée à l’ancienne équipe dirigeante.
Ainsi, la première entorse se décline en des exceptions et des dérogations à la procédure de paiement en ligne des droits et taxes. Cette procédure instaurée par une note circulaire, à travers la plateforme du GUICEG (Guichet Unique du Commerce Extérieur de Guinée), le 3 mai 2021, a d’ailleurs été généralisée en novembre de la même année. Elle met notamment en place le paiement des droits et taxes en ligne via une quittance douanière générée de façon automatique par le logiciel SYDONIA.
Ainsi, les exceptions pointées du doigt ont consisté non seulement à effectuer certains paiements de droits et taxes hors la plateforme du GUICEG, mais aussi à émettre manuellement les quittances douanières au niveau des comptables de la douane. Ces exceptions concernent des points de paiements comme : le Chèque Trésor Série Spéciale, le Receveur Spécial des Douanes, les Recettes minières à l’exportation et les Comptables des bureaux de douanes des postes frontaliers terrestres.

Le printemps des dérogations et du double emploi…
S’agissant des dérogations identifiées au titre de la première cause profonde du coulage financier lié au montant de plus de 700 milliards de francs guinéens, elles ont été mises en place à travers une note circulaire en date du 18 juillet 2023. Des dérogations consécutives au crash informatique qui avait fait couler encre et salive, en paralysant le fonctionnement des services de douane. Avec la bénédiction de ces dérogations, les quittances douanières manuelles et les paiements des droits et taxes hors plateforme GUICEG ont connu leur printemps dans les services douaniers du pays. Ces paiements dérogatoires ont d’ailleurs donné naissance à une pratique hautement destructrice. Il s’agit du phénomène du double emploi des quittances, à travers l’utilisation par les opérateurs économiques d’un même moyen de paiement pour faire entrer ou sortir plusieurs conteneurs de
marchandises.
Le plus étrange, c’est que même après la restauration du système informatique, la fameuse procédure dérogation avait encore droit de cité, parallèlement au paiement en ligne via la plateforme du GUICEG.
Des crédits d’enlèvements de marchandises, sans caution bancaire
La seconde cause profonde du crash financier qui a englouti la faramineuse somme de plus de 700 milliards de francs guinéens, s’illustre par des manquements à la procédure d’octroi des crédits d’enlèvements des marchandises. A en croire les informations recueillies par Allure Mag auprès des Services de la Direction Générale des Douanes, cette pratique peu orthodoxe s’est traduite par une guerre des crédits moraux contre les cautions bancaires qui sont les seules légalement fondées en la matière. Cette gymnastique douanière a entrainé l’octroi des crédits d’enlèvement à des transitaires et autres déclarants, qui ne disposent pas d’une caution bancaire. Par la suite, ces opérateurs ne se sont pas acquittés des droits et taxes dus en contrepartie des marchandises enlevées à crédits.
A l’évidence, la nouvelle équipe de la Direction Générale des Douanes avait besoin d’un tel diagnostic profond lui permettant de trouver un remède de cheval à ces maux. Et travailler ainsi à bâtir une gouvernance plus vertueuse et une vision fondée sur la transparence dans la mobilisation et la sécurisation des recettes douanières en République de Guinée.
Alluremag Numéro 001, Juin 2025














