En ce début des grandes vacances, l’exploitation des enfants prend une tournure inquiétante dans le Grand Conakry. Ils sont nombreux, ces enfants âgés de 7 à 16 ans, à arpenter les rues de la capitale pour vendre divers produits.
D’après plusieurs témoignages recueillis au carrefour de Cosa, la majorité de ces enfants ne vivent pas avec leurs parents biologiques.
Fatoumata, âgée d’à peine 11 ans, a confié à notre reporter : « Je vis avec mon oncle depuis 7 ans. Pendant les vacances, il me donne des pains à vendre en bordure de route vers 17 heures, pour les passants dans les voitures. Même quand il pleut, je suis obligée de vendre. Sinon, la nuit, c’est l’enfer », a-t-elle expliqué.

D’autres enfants affirment travailler pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins, étant issus des familles très modestes. Ousmane Diallo, écolier, témoigne : « Mes parents sont décédés. C’est très difficile de trouver à manger pour mes 3 frères et moi. Je profite des grandes vacances pour vendre des oranges et des galettes que ma tante prépare. Cela me permet de réunir un peu d’argent pour acheter mes fournitures scolaires avant la rentrée, manger chaque soir, et garder le reste pour le petit-déjeuner », raconte-t-il, les yeux rougis par la fatigue et le manque de moyens.
Présents presque partout à Conakry aux abords des routes, dans les marchés, ces enfants, censés être protégés, bravent chaque jour des risques d’accidents, d’agressions sexuelles et d’enlèvements, pour contribuer aux dépenses familiales.
Bountouraby Sylla, âgée seulement de 14 ans, vend de l’eau glacée dans les rues pour aider sa famille: « J’aide mon père, parce que c’est grâce à ça qu’il arrive à subvenir à nos besoins. Je suis obligée de le faire, je suis l’aînée. C’est dur, mais je m’y suis habituée. Depuis toute petite, c’est comme ça. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à abandonner l’école en 6e année », raconte-t-elle, le regard qui trahit ses conditions de vie.

Pourtant, le Code de l’enfant en République de Guinée, en son article 912, interdit formellement le travail forcé ou obligatoire des enfants. Ce type de travail est assimilé à la traite des êtres humains, conformément aux articles 323 à 333 du Code pénal, nous confie un juriste.
Une réalité troublante qui, dans un silence quasi général, vole à ces enfants leur droit à l’enfance, à l’éducation et à la dignité. Pendant que d’autres savourent leurs vacances, eux les passent à batailler quotidiennement avec les intempéries de la nature en cette période de grandes pluies.
Amadou Diallo














