La vente de carburant sur le marché noir connaît une expansion inquiétante à Conakry, au mépris total des règles de sécurité et de santé publique. Contrairement aux stations-service réglementées et soumises à des normes strictes, ce commerce informel s’impose de plus en plus dans les coins de rue, les carrefours, les devantures de maisons ou même à l’intérieur de certaines boutiques d’alimentation.
Après le port autonome de Conakry, considéré comme l’un des foyers historiques de ce trafic, le quartier de Gbessia est aujourd’hui l’un des plus grands centres de vente illégale. Le long de l’autoroute Fidel Castro, sur près de cinquante mètres, les tables de vente bordent les deux côtés de la chaussée, attirant une clientèle nombreuse malgré les risques évidents.

Le tronçon aéroport-Kissosso détient actuellement le record de points de vente informels avec plus de 40 tables visibles, selon les observations de notre reporter. À Sangoyah, un carrefour est même surnommé « Gasoil », tant l’activité y est florissante. Sur la transversale T4, un arrêt de bus a été transformé en véritable station de fortune, gérée en majorité par des femmes. À Mafanco Corniche, la situation dépasse l’entendement : le carburant est vendu à l’entrée même d’une station-service officielle.
Le stockage de ces liquides hautement inflammables se fait dans des conditions tout aussi dangereuses. Faute d’entrepôts sécurisés, les trafiquants gardent le carburant dans leurs habitations ou dans des baraques improvisées, sans aucune précaution. Il suffit d’un bidon de 10 à 20 litres, quelques bouteilles en plastique et un capital de départ minime pour se lancer dans ce commerce risqué.

L’absence totale de régulation laisse libre cours à toutes les dérives. Aucune organisation formelle ne semble encadrer cette activité, pourtant lourde de conséquences. En août dernier, une jeune fille a tragiquement perdu la vie dans un incendie provoqué par un stock de carburant conservé dans un magasin à Yimbaya, près de l’établissement Aicha Bah. Plus récemment, un autre sinistre a eu lieu à Kaloum, mettant une nouvelle fois en lumière les dangers de cette pratique.
La question que tout le monde se pose est simple : les interdictions antérieures étaient-elles temporaires ou juste symboliques ? Car sur le terrain, rien ne semble arrêter l’extension de ce trafic.
Il devient urgent pour les autorités compétentes de prendre des mesures concrètes et durables afin d’éradiquer ce commerce illégal avant qu’il ne provoque d’autres drames.
Ibrahima Sory Kandja Bangoura














