Alors que le général Mamadi Doumbouya n’a toujours pas officialisé sa candidature à la prochaine élection présidentielle, plusieurs acteurs de la classe politique guinéenne semblent déjà avoir fait leur choix. Comme poussés par un vent de réalignement idéologique, des structures de base de certaines formations politiques ou des partis politiques entiers, y compris parmi les plus critiques du régime militaire, affichent désormais un soutien assumé au président de la transition.
POUR CONTÉ ET SA FAMILLE !
Ainsi, le jeudi 8 mai 2025, ce sont 52 sections du RPG Arcen-ciel de Conakry, l’ancien parti au pouvoir sous Alpha Condé, ont annoncé leur adhésion à l’Alliance des Forces Patriotiques (AFP), coalition récemment constituée pour soutenir une éventuelle candidature du général Doumbouya. Un petit séisme politique, car, deux semaines plus tard, vingt partis membres du comité central du RPG quittent à leur tour le navire pour rejoindre l’AFP.
Parmi les visages connus de ce début de recomposition politique, Aboubacar Soumah, président du GDE (Guinée pour la Démocratie et l’Équilibre), autrefois exilé pour son opposition virulente au CNRD, justifie désormais son revirement par une approche réaliste. « Le vent politique souffle aujourd’hui en faveur du CNRD. Et au-delà de la conjoncture, les gestes posés en faveur de la mémoire du général Lansana Conté, mon parent, traduisent une reconnaissance historique que je salue. » S’est-il confié à notre rédaction. Il cite notamment la réhabilitation du domaine familial de Bouramaya, village natal du 2ème président de la République de Guinée, mort en décembre 2008.

Mais, à en croire Aboubacar Soumah, son adhésion s’appuie aussi sur un constat générationnel : « La transition favorise l’émergence d’une élite jeune et compétente. Nous, les anciens, n’avons plus qu’un rôle de conseillers. » Lâche-t-il, comme résigné à suivre le mouvement.
LE BASCULEMENT DES MOUSQUETAIRES DE CELLOU DALEIN
Le ralliement d’Aboubacar Soumah n’est pas un cas isolé. Dans les arcanes du palais présidentiel, d’anciens cadres de l’UFDG, jadis bastion de l’opposition farouche à Doumbouya ont discrètement été reçus par le chef de la transition. Parmi eux, Cellou Baldé et Maladho Diallo, respectivement ancien coordinateur des fédérations de l’intérieur et ancien trésorier du parti de Cellou Dalein Diallo. Une photo prise avec le maître des lieux au Palais Mohamed V aura suffi pour vendre la mèche.
Autre signal fort. Dr Diao Baldé, président de l’Union pour la Guinée Nouvelle (UGN) et vice-président de la coalition ANAD, formée autour du président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a été nommé chef de cabinet du ministère de l’Environnement, par décret présidentiel, le 6 mars 2025. Une nomination perçue par beaucoup comme une main tendue à l’opposition modérée.
LE PDG-RDA SE PIQUE DE DOUMBOUYA
Même les vieux partis sont sous une nouvelle bannière. Le PDG-RDA, parti historique fondé par le premier président de la Guinée, feu Ahmed Sékou Touré, n’a pas échappé à cette dynamique. Son secrétaire général, Oyé Béavogui, salue les gestes symboliques forts posés par le CNRD. « Le rebaptême de l’aéroport de Conakry au nom du président Sékou Touré, la restitution des Cases de Bellevue à sa famille, ou encore la rénovation de la villa Andrée de Faranah… Ce sont des actes de réhabilitation de notre mémoire nationale. » Enumère-t-il.
Mais il insiste aussi sur les avancées sous cette transition : « Revalorisation salariale, intensification des chantiers routiers, lutte contre la corruption, amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité… Ce sont des signaux forts d’un leadership tourné vers l’efficacité», assure Oyé Béavogui.
L’UGDD ET LE LEVAIN DADIS…

L’autre cas emblématique reste sans doute celui de Pépé Francis Haba, président de l’UGDD(Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement). Longtemps classé dans l’opposition radicale, poursuivi en 2024 pour “atteinte à la sécurité publique”, il fait aujourd’hui partie des soutiens les plus loquaces de Mamadi Doumbouya. Bien qu’il affirme que son parti n’a pas encore formalisé son ralliement, il assume avoir rompu avec l’ANAD, qu’il accuse de stagnation stratégique. « Certains leaders s’accrochaient à des agendas personnels, en total décalage avec les attentes populaires. » Et de vanter par ailleurs la création de l’Alliance pour la République, structure qu’il dirige, et qui entend œuvrer pour un dialogue politique renouvelé et la consolidation des acquis de la transition. Un engagement en faveur du chef du CNRD, qui a d’ailleurs été renforcé par la grâce présidentielle accordée au capitaine Moussa Dadis Camara. Pépé Francis Haba ne cache d’ailleurs pas sa proximité et son soutien à l’ex-putschiste du CNDD, condamné à 20 ans de prison dans le procès des évènements du 28 septembre 2009.
LE DÉFI DE L’ASSENTIMENT ÉLECTORAL !
Le général Doumbouya n’a pas, à ce jour, confirmé son intention de briguer la magistrature suprême, mais les signaux se multiplient. D’importantes figures institutionnelles, des notables régionaux, mais aussi de nombreuses voix issues de la société civile, appellent ouvertement à la « continuité ». Une série de manifestations spontanées à travers le pays témoigne de la campagne populaire visant à mobiliser en faveur du général Mamadi Doumbouya.
Reste à savoir si cette dynamique conduira à une candidature, suivie d’une élection de l’actuel président de la transition. Car si les soutiens institutionnels se multiplient, c’est bien le suffrage universel et lui seul, qui transformera cette dynamique en un réel assentiment électoral.
Alluremag N° 002 | DU 02 AU 31 JUILLET 2025














