Ce mercredi 13 août 2025, le journaliste sportif que je suis n’était pas en simple mission. J’étais en pèlerinage. Mes pas m’ont conduit au cœur de la capitale ougandaise, là où vibre encore le souffle d’une épopée vieille de plus d’un demi-siècle.
Au milieu du tumulte du grand marché de Kampala, se dresse le Nakivubo War Memorial Stadium. Aujourd’hui rénové, il n’a plus l’allure exacte qu’il avait en 1972, mais ses murs, sa pelouse et son atmosphère transpirent toujours la mémoire. C’est ici, il y a 53 ans, que le Hafia FC, encore jeune et presque inconnu hors de Guinée, a ouvert le premier chapitre d’une légende qui allait marquer l’Afrique entière.
Je foule la pelouse. Le silence est lourd, presque solennel. Dans mon esprit résonnent les paroles du doyen Oumar Dieng, témoin privilégié de cet après-midi historique face au Simba Army Club, mené par le redoutable Wandera.
« Le jour du match, Kampala bouillonnait. Les rues autour du stade étaient noires de monde. On sentait la tension dans l’air, mais aussi une excitation incroyable. Les Ougandais voulaient voir tomber ce petit club venu de Guinée, et nous, nous étions déterminés à leur prouver le contraire. »
Il fait revivre la scène :
« Dès l’échauffement, on entendait les tambours, les cris, les chants. Le Simba FC était une grande équipe, avec des joueurs rapides et techniques. Ils ont marqué les premiers. Le public a explosé. Mais nous, on s’est regroupé, on s’est regardé dans les yeux et on s’est dit : ce n’est pas fini. »
Le Hafia égalise, puis prend l’avantage. Simba revient. Mais les “Vert et Blanc” frappent une troisième fois.
« Les dernières minutes… je n’oublierai jamais. Le temps semblait s’arrêter. Chaque dégagement, chaque tacle, chaque arrêt du gardien, c’était comme un morceau de notre destin qu’on protégeait. »
Puis le coup de sifflet final.
« C’était la délivrance ! Nous savions que ce n’était pas juste une victoire. C’était un symbole. Ce jour-là, nous avons compris que nous pouvions devenir champions d’Afrique. »
Cette victoire contre Simba Army (3-2) fut bien plus qu’un succès sportif : c’était l’étincelle qui allait embraser toute une décennie de gloire. Trois fois champions d’Afrique, les “Vert et Blanc” de Conakry deviendront une référence, et tout a commencé dans ce stade, gravé à jamais dans la mémoire d’Oumar Dieng et de toute une génération.
« Quand je reviens ici, je revois les visages, j’entends les chants, je ressens encore l’odeur de la pelouse… C’est ici que la légende du Hafia est née. »
Debout au centre de cette arène de 35 000 places, ouvert le 1er Avril 1926 et renover plusieurs fois au cours du siècle dernier, je ferme les yeux. J’imagine les tribunes pleines, les couleurs, la ferveur. Je ne suis plus un simple reporter : je suis un héritier.
Car ici, dans ce stade désormais prêt à accueillir la CAN 2027, bat toujours le cœur de la légende du Hafia. Et pour qui aime le football guinéen, mettre les pieds à Kampala sans venir à Nakivubo serait comme feuilleter un livre en sautant la première page.
Ce stade centenaire suinte l’histoire. L’histoire de l’une des plus grandes équipes de l’histoire du football africain, le Hafia FC de Conakry.
Kampala, Mohamed Béné Barry














