Face aux tensions de liquidité qui secouent l’économie guinéenne, deux approches semblent aujourd’hui s’opposer au sommet de l’État. Le Gouverneur de la Banque centrale, il y a quelques mois, avait annoncé l’arrivée prochaine de 500 milliards de francs guinéens, laissant entendre que l’injection de nouveaux billets pourrait soulager la demande. Une solution jugée à la fois immédiate mais risquée, car elle reviendrait à accroître la masse fiduciaire sans pour autant traiter les causes profondes de la crise.
À l’inverse, le premier ministre Amadou Oury Bah, s’exprimant ce week-end dans une interview accordée à nos confrères d’Africaguinée, a clairement écarté la piste de « l’imprimante monétaire » et propose une stratégie centrée sur la restauration de la confiance et la modernisation du système bancaire. « La question n’est pas d’imprimer des billets de banque », a-t-il insisté, estimant qu’une telle pratique, si elle devenait récurrente, ne serait « pas soutenable à la longue ».
Pour lui, la véritable réponse à la crise passe par la sécurisation des dépôts, le strict respect du secret bancaire, ainsi que l’intégration progressive de tous les acteurs économiques dans les circuits bancarisés. Le chef du gouvernement a demandé aux administrations de « bannir le cash dans leurs opérations courantes » et de privilégier la bancarisation, condition essentielle selon lui pour fluidifier les transactions et renforcer la solidité du secteur financier.
Amadou Oury Bah a également plaidé pour la généralisation des moyens de paiement modernes, à l’image des services de transfert mobile comme Orange Money, qui permettent de réduire la dépendance aux espèces. Une transformation qui suppose, reconnaît-il, un effort important de pédagogie et de sensibilisation auprès des opérateurs et du grand public, encore attachés aux pratiques traditionnelles.
« Le développement économique passe par un secteur bancaire structuré, fort, et par le respect des prérogatives de la Banque centrale », a-t-il conclu, en appelant à un changement de mentalité collective afin que les Guinéens redonnent leur confiance au système financier.
Entre l’injection massive de liquidités et la construction patiente d’un climat de confiance adossé à la modernisation bancaire, le débat reste entier. Mais le premier ministre trace une voie qui, à ses yeux, est la seule capable d’assurer la stabilité et la croissance à long terme.
Aboubacar Sidiki Camara














