Depuis le départ en exil de son leader en début d’année 2022, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) traverse une zone de turbulences. Plusieurs cadres importants du parti de Cellou Dalein Diallo ont été débarqués du navire. Accusés de pactiser avec le régime militaire du CNRD au pouvoir en Guinée, le président de l’UFDG a eu la main lourde, en excluant certains, tout en limogeant d’autres de leurs postes respectifs.
Le plus emblématique des cadres exclus reste l’actuel Ministre des Transports et Porte-parole du Gouvernement. Mais, Ousmane Gaoual Diallo ne s’en est pas laissé conter, en attaquant son exclusion devant la justice. C’est dans ce contexte que le Tribunal de Première Instance de Dixinn avait suspendu le congrès du parti, qui devait se tenir en avril dernier. Et pour n’avoir pas organisé ce congrès à temps, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), dans le cadre de l’évaluation des partis politiques, a mis les pieds dans le plat de l’UFDG, en plaçant le parti sous observation pour 45 jours. Par ailleurs, il y a comme une menace qui pèse sur la présidence de Cellou Dalein, suite notamment à certains agissements de secrétaires fédéraux du parti demandant un changement de leadership. Même si la plupart de ces responsables à la base se sont finalement rétractés. Le constat révèle donc une formation politique pressée et bousculée de toutes parts. Alors, cet ogre politique guinéen pourra-t-il résister longtemps à la crise qui le secoue ? Pour camper l’état d’esprit réel au sein du parti, le reporter de Allure Mag a tiré les verres du nez à certains de ses responsables. Toutefois, il faut rappeler que cet article sur les positions des cadres de l’UFDG sort des entretiens réalisés plusieurs semaines avant le verdict du TPI de Dixinn, rendu le 23 mai 2025, qui ordonne la réintégration de l’actuel Ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo au sein de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée et autorisant la tenue dudit congrès.
« DÉMARCHE BANCALE ET ILLÉGALE… »
Nous sommes le mercredi 23 avril 2025. Il est bientôt 16 heures au siège de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) à Conakry. Le tout nouveau Coordinateur des fédérations de l’intérieur du pays, vêtu d’un boubou kaki sous un chapeau vissé sur la tête, est debout derrière un pupitre, très confiant. A côté, sur l’estrade, plusieurs membres du bureau politique national. En face, des responsables du parti à la base et des militants. Abdoulaye Bah sue à grosses gouttes. Un coup de chaud lié sans doute à l’effet de la chaleur et à l’énergie qu’il déploie pour convaincre l’assistance à rester mobilisée derrière le président du parti, Mamadou Cellou Dalein Diallo.
Muni d’un micro baladeur, et tournant la tête tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, le grand oral d’Abdoulaye Bah a duré plusieurs heures, durant lesquelles plusieurs sujets liés à la vie de l’UFDG sont abordés. Les nombreux départs, notamment des cadres du parti ont été abondamment brossés par l’ancien président de la délégation spéciale de Kindia. Qui a surtout parlé de ceux qui, selon lui, sont partis sans dire au-revoir et d’autres qui tentent de déstabiliser l’UFDG.
C’est ainsi qu’il cite le nom de Ousmane Gaoual Diallo, l’actuel Ministre des Transports et la plainte que celui-ci a déposée contre le parti au Tribunal de première instance de Dixinn pour contester son exclusion. Il ne dénie pas à son ancien collaborateur le droit de saisir la justice s’il se sent lésé, mais il voyait mal cette plainte prospérer, d’autant plus que l’actuel Porte-parole du Gouvernement n’aurait pas quitté de la plus belle des manières.
« C’est une plainte non fondée. Parce qu’on ne peut pas quitter un mariage sans divorcer pour aller se mettre avec un concubin ou une concubine sans avoir signé devant le juge qu’on a divorcé. Ici, il y a des milliers de cadres. C’est fondamental, ce point-là. A l’UFDG, personne n’est contre Ousmane Gaoual Diallo. Le parti a plutôt jugé sa démarche bancale et illégale. On ne peut pas quitter un parti politique, aller n’importe où, comme un oiseau qui sort de son nid », a-t-il commenté.
Le Coordinateur des fédérations de l’intérieur, tout nouveau remplaçant de Cellou Baldé, a aussi commenté le remplacement de Joachim Baba Millimouno à la tête de la Coordination de la cellule de communication du parti. Cela résulte, selon Abdoulaye Bah, de l’implication de ce dernier dans la rédaction et la publication du mémorandum attribué aux secrétaires fédéraux de la Haute Guinée et de la Guinée forestière. Un mémo demandant le changement de leadership à la tête du parti.
« Comment est-ce qu’il peut quitter Conakry, cadre de la Coordination de la communication de l’UFDG, pour aller à l’intérieur sans ordre de mission ? Il est parti avec un mémo écrit ici, à Conakry. Qui peut être contre El hadj Cellou Dalein Diallo en Guinée ? Qui peut avoir l’intention de l’écarter ? Il a la compétence, il a l’expertise, il a prouvé en faisant les meilleurs ponts et les meilleures routes de la Guinée (…) Il met les noms des gens sans les consulter en disant que les fédéraux de la Haute Guinée et de la Guinée forestière ont décidé de demander au président de partir. Partir où avant qu’il ne soit président de la Guinée ? », s’est-il interrogé.
Avant Joachim Baba Millimouno, ce sont Cellou Baldé et Mamadou Maladho Diallo (respectivement ex-coordinateur des fédérations de l’intérieur et ex-trésorier du parti) qui ont pris leurs distances du parti sans dire au revoir, regrette l’ancien président de la Délégation spéciale de Kindia. Aussitôt, ils ont été remplacés. Cellou Baldé par Abdoulaye Bah lui-même et Mamadou Maladho Diallo par Kalémodou Yansané.
‘’PETITS DÉPARTS DE CADRES OPPORTUNISTES’’
De Joachim Baba Millimouno à Mamadou Maladho Diallo en passant par Cellou Baldé sans parler des premiers comme Ousmane Gaoual Diallo et des militants à la solde de ce dernier, dit-il, les départs deviennent nombreux, mais ils sont loin de fragiliser l’UFDG. C’est ce que pense le nouveau coordinateur des fédérations de l’intérieur du pays. Il informe que le parti est ‘’vacciné et est plutôt ragaillardi’’. « Le parti est boosté à fond. Au contraire, le moindre acte illégal contre l’UFDG montre à la Guinée que ce parti est solide. Ce parti a des militants fidèles, fermes, engagés. Ma tournée en Moyenne Guinée et en Basse Guinée le prouve. Le parti est vacciné. Le parti est blindé. La base est forte. Les gens ne sont pas corruptibles. C’est les petits cadres imposteurs qui se font découvrir après quelques années. Le parti reste bien implanté. Le parti résiste et est solide. C’est pourquoi ces petits départs de cadres opportunistes est un non-événement. Donc, au contraire, le parti est chauffé à bloc. Le président, il est populaire. (….) A quelque chose malheur est bon. On a remercié Dieu que certains anciens cadres aient posé cet acte illégal de faux mémo et d’usurpation de titre pour montrer la puissance de l’UFDG. Je vous assure que l’UFDG est une force tranquille. Et on va gagner dans ce pays. Cellou Dalein sera président de ce pays. Tôt ou tard », s’est-il montré convaincu.
DE LA PRÉSIDENCE DE CELLOU DALEIN DIALLO…
Ces départs interviennent pendant que certains fédéraux demandent un changement de leadership à la tête du parti, même si cela a été aussitôt démenti par ceux qui se considèrent comme les vrais secrétaires fédéraux. C’est pour cela que le vice-président par ailleurs trésorier national par intérim de l’UFDG, refuse l’idée d’une menace qui pèserait sur la présidence de Cellou Dalein Diallo.
« Dans la vie chacun a son avis à donner. Moi, je peux dire que vous n’êtes pas beau, c’est mon avis. Ceux qui demandent le départ du président Cellou Dalein du parti, s’ils sont forts, qu’ils le fassent partir. Nous, nous demandons qu’il reste. Et c’est la majorité qui demande qu’il reste. Vous ne pouvez jamais avoir l’unanimité dans la vie. Même le prophète n’a pas l’unanimité. Même Dieu qui a créé l’humanité ne fait pas l’unanimité. Il y en a qui ne le reconnaissent pas », a rappelé Kalémodou Yansané.
LE PARTI, ENTRE DEUX DÉCISIONS…
Le 14 mars 2025, le Ministère de l’Administration du territoire a organisé un atelier dans un réceptif hôtelier de Conakry, pour présenter les résultats définitifs de l’évaluation des partis politiques. L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) a fait partie des 24 formations politiques qui ont été mises sous observation. Elles ont été autorisées à poursuivre leurs activités, mais sous réserve. Un délai de 45 jours a été imparti à l’UFDG pour se mettre en règle. Cette décision du MATD est intervenue pendant que le congrès du parti, un des points essentiels à satisfaire, était suspendu par une décision du Tribunal de Première Instance de Dixinn, saisi par Ousmane Gaoual Diallo pour protester contre son [D1] exclusion. Si cette situation a prêté à confusion à ce moment, ce n’était pas aux yeux de Me Amadou Diallo, un autre cadre de l’UFDG.
« Je dis que la suspension du congrès a été ordonnée par une décision du Tribunal de Dixinn, pas par le ministère de l’Administration du Territoire. C’est une décision provisoire, avant dire droit qui a été rendue par le Tribunal de Dixinn. Donc, l’organisation du congrès est suspendue jusqu’à nouvel ordre. L’ultimatum du Ministère de l’Administration du territoire n’a plus de valeur. Parce que, entre la décision du Ministère de l’Administration du territoire, nous demandant d’organiser le congrès dans 45 jours, et la décision du tribunal, c’est la décision du tribunal qui s’impose. Donc, le ministre ne peut pas outrepasser lui-même la décision du tribunal. A partir du moment où le tribunal nous demande de sursoir à toute organisation de congrès, puisqu’on est un parti légaliste on est obligé d’y surseoir, en attendant que la décision de justice change. L’Administration du territoire n’a aucune raison de nous sanctionner, parce que nous sommes en train de respecter une décision de justice », a-t-il rétorqué.
Pour cet avocat de profession et conseiller juridique du président de l’UFDG, toutes les actions qui ont été menées par les autorités de la transition depuis longtemps contre leur formation politique ou contre ses responsables entrent dans le cadre de l’affaiblissement du parti. Il estime que ce sont des actes qui sont dénués de tout fondement moral. Il note également le non-respect de la loi. Sur la question de la suspension du congrès alors que le pays s’achemine tout droit vers les élections, Me Amadou Diallo tente de lever toute équivoque.
« La suspension du congrès n’a aucun rapport avec les élections. Un parti qui n’organise pas le congrès pour des motifs juridiques, c’est-à-dire basés sur une décision de justice, ce parti-là s’abstient d’organiser le congrès jusqu’à ce que la suspension soit levée, mais cela ne l’empêche pas de participer aux élections. Actuellement, l’UFDG a des dirigeants. L’UFDG a des statuts, des règles qui fonctionnent. Rien ne lui interdit de participer aux élections. Cela n’a aucun rapport. L’organisation du congrès vise à renouveler les instances du parti et éventuellement les textes. Maintenant, s’il y a une décision de justice qui nous empêche d’organiser ce congrès, les dirigeants actuels restent en place jusqu’à nouvel ordre. C’est tout. Mais cela n’empêche pas le parti de participer aux élections », a-t-il précisé.
UNE DÉCISION DE JUSTICE ET SES CONSÉQUENCES…
Quelques semaines après cette interview avec Me Amadou Diallo, le Tribunal de Première Instance de Dixinn a rendu sa décision dans le dossier Ousmane Gaoual Diallo versus UFDG. C’était précisément le jeudi 23 mai 2025. En la forme, cette juridiction a rejeté l’exception de nullité de l’assignation et la fin de non-recevoir soulevées par l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. Toujours en la forme, elle a déclaré l’UFDG, représentée par Fodé Oussou Fofana, recevable en son action et Ousmane Gaoual DIALLO en sa demande reconventionnelle.
Au fond, le TPI de Dixinn a constaté la violation par le parti dirigé par Mamadou Cellou Dalein Diallo des statuts et règlement intérieur de ladite formation politique. Il a donc débouté l’UFDG de l’ensemble de ses prétentions. En outre, le tribunal a autorisé la poursuite des activités du parti notamment, la tenue de son congrès. En restituant au jugement N° 193 en date du 19 juillet 2024 ses pleins effets, le tribunal a ordonné la réintégration de Ousmane Gaoual Diallo au sein du parti.
A la suite de cette décision de justice, les cadres de l’UFDG à travers le conseil politique, se sont réunis le mercredi 28 mai dernier, sous l’égide du vice-président du parti, Fodé Oussou Fofana, pour annoncer la tenue du congrès extraordinaire le 6 juillet 2025. Cependant, à cette occasion, il n’a pas été question de la réintégration de Ousmane Gaoual, comme l’avait demandé le Tribunal de Première Instance de Dixinn dans sa décision.
L’UFDG FACE À LA PRESSION MÉDIATIQUE ET DES RÉSEAUX SOCIAUX
Entre le départ de cadres importants, procédures judiciaires et demande de changement de leadership, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) alimente la chronique dans la presse et son actualité abonde les réseaux sociaux. Toutefois, la coordination de la cellule de communication du parti tente contrer la pression médiatique et le ‘’harcèlement’’ via les réseaux sociaux.
« À l’UFDG, nous avons un pool qui est consacré au digital et un autre aux réseaux sociaux. Donc, il y a une équipe de riposte. Chaque fois qu’il y a une actualité qui touche notre formation politique, tout de suite la machine se met en branle. Il y a des réflexions, des propositions et on réagit instantanément. Donc au niveau de la cellule de communication, ces équipes-là existent. Nous travaillons H24 pour ne pas que le parti subisse des choses. Quand il y a eu cette affaire de mémorandum par exemple, tout de suite à travers la réaction de nos responsables à l’intérieur de la cellule de communication, on a compris que les signataires n’étaient pas membres non seulement de l’UFDG, mais aussi ils n’étaient pas des secrétaires fédéraux comme ils l’ont prétendu dans leur déclaration. Et ça nous a permis tout de suite de travailler avec nos secrétaires fédéraux et de sortir une réaction que vous avez certainement vue dans la presse. Donc ça travaille, ça réfléchit du côté de l’UFDG et la cellule de communication est une plaque importante pour réagir à toutes les attaques et à tout ce qui se passe au niveau des médias, mais aussi au niveau des réseaux sociaux », assure Souleymane Souza Konaté, le nouveau coordinateur de la cellule de communication de l’UFDG.
A l’évidence, l’UFDG tente de résister à ces assauts par tous les moyens. Même si nul ne saurait prédire l’épilogue de cette longue traversée du désert sous le CNRD.
Alluremag N°002 – Juillet 2025














