L’effet CNRD oblige, le paysage politique guinéen ressemble dorénavant à s’y méprendre à un champ de mines, prêt à engloutir des ambitions. Une vingtaine de formations politiques ont déjà appris cette lapalissade à leur dépens, après avoir été expédiées ad patres par le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation (MATD). D’autres pourraient subir le même sort à l’allure où va le train de la refondation, sorte de rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage.
’est le cas notamment des trois principaux partis politiques, à savoir l’Union des forces démocratiques de guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et l’Union des Forces Républicaines (UFR), qui sont aussi dans l’œil du cyclone. Deux d’entre eux (L’UFR et le RPG) ayant été suspendus pour n’être pas dans les clous, selon le MATD, bras séculier de la junte. L’UFDG qui est passée cette fois entre les gouttes, n’en sort pas mieux lotie, étant confrontée à une tempête judiciaire, consécutive au renvoi de son ancien directeur de la communication Ousmane Gaoual Diallo, devenu tout puissant ministre sous l’ère CNRD, et poil à gratter du parti de Cellou Dalein Diallo.
Ce psychodrame sans fin dans lequel l’UFDG se débat depuis l’avènement de la junte au pouvoir, risque de laisser trop de sang sur les murs. De quoi apporter de l’eau au moulin des détracteurs du parti, dont le leader vit en exil depuis sa rupture de ban avec le CNRD. Tout comme d’ailleurs Sidya Touré, le président de l’UFR, qui a aussi déménagé à la cloche de bois du côté de la lagune ébrié, après avoir été délesté de sa luxueuse résidence de la minière.
Le troisième membre de cette trinité n’est autre que l’ancien président Alpha Condé. Tenu de ronger son frein à Istanbul, où il rumine sa vengeance de roi déchu sur les berges du Bosphore entre deux gorgées « d’eau de vie ».
ALPHA, DALEIN ET SIDYA FACE AU PÉRIL JEUNE
Le ménage de printemps auquel se livre le pouvoir de Conakry, sous le sceau d’une supposée refondation, contraint les acteurs politiques à faire profil bas. Réflexe de survie oblige, sans doute. Ça en a tout l’air.
Ainsi, après la dissolution d’une vingtaine de partis et la suspension d’une trentaine d’entre eux, l’épée de Damoclès de l’exécutif continue de planer au-dessus de l’échiquier politique. Mais derrière ce qui a l’air d’une simple mise en conformité administrative, se cacherait une purge qui ne dit pas son nom, fulmine un acteur de la scène politique guinéenne, qui a requis l’anonymat.
D’autres observateurs y voient plutôt un conflit générationnel, une sorte de gérontophobie, dont le but serait de rajeunir la classe politique. Exit la vieille génération.
POUR QUI SONNE LE GLAS, CHEZ LES « BIG THREE » !
« Chat échaudé craint l’eau froide », nous apprend l’adage. Cet aphorisme décrit bien l’atmosphère fébrile qui prévaut depuis un certain temps dans les étatsmajors des partis politiques. Surtout chez les « Big three », où on craint que la faux de la mort du MATD ne s’abatte. Chaque parti tente le tout pour le tout pour se mettre dans les normes. Des congrès sont annoncés à grand renfort de propagande. Comme s’ils faisaient les yeux doux à une junte qu’ils disent pourtant ne plus reconnaître. Contradiction, quand tu nous tiens !
Dans cette épreuve de force aux airs de David contre Goliath, c’est comme si la junte disposait des bonnes cartes en main pour faire plier les éléphants du landerneau. Qui sont d’ailleurs tous dans les cordes. Et elle compte bien user de cette conjoncture qui lui est favorable pour imposer son diktat. On assiste ainsi à un véritable mercato de débauchage de cadres de l’UFDG, du RPG et de l’UFR au profit du CNRD. Comme s’ils viraient de bord en quête d’herbe plus verte. Qui est fou pour ne pas s’acclimater au contexte. En tout état de cause les férus du clientélisme et autre trahison politique ont pour principe d’aller avec le vent Certes à l’UFDG, on préfère relativiser pour ce qui est de ces vagues de départs. Pas de péril en la demeure, « le parti va très bien », clame Souleymane Souza Konaté, l’un des porte-flingues de Dalein.
« Si le président Cellou Dalein Diallo a réussi une chose vraiment magnifique, c’est de bâtir une grande institution politique qui fonctionne même sans lui. Cela fait plus de deux ans qu’il n’est pas en Guinée, et pourtant, le parti continue de fonctionner correctement ».
Pour le coordinateur de la cellule de communication de l’UFDG « les cadres sont importants, mais ce ne sont pas eux qui font le parti. L’UFDG, c’est d’abord la base. Depuis 2010, beaucoup de cadres sont partis, mais le parti tient toujours debout. Il reste la première force politique du pays. »
Ici on resserre plutôt les rangs dans la perspective du congrès de renouvellement des instances dirigeantes, dont le calendrier a été fixé pour ce mois de juillet, avec l’onction de Dame Thémis. Avant que le MATD ne mette son véto, interdisant tout congrès, tant que Ousmane Gaoual ne réintègre pas le parti. Une décision tombée comme un couperet sur la tête de la direction de l’UFDG.
Tout comme le parti de l’ancien Premier ministre Cellou, le RPG d’Alpha Condé est en train de battre le rappel des troupes, pour mieux résister à la tempête. Dans une déclaration laconique postée sur les réseaux sociaux au lendemain de la suspension de son parti, l’ancien président a appelé ses militants à ne pas « céder pas au découragement, car le découragement n’est ni RPG ni guinéen. Quelles que soient les circonstances, je suis et je resterai à vos côtés… »
Une déclaration qui ne semble pas tomber dans de bonnes oreilles, vu l’hémorragie de cadres et de militants qui se poursuit au sein de l’ancien parti politique. Des vagues de départ qui profitent bien entendu à la nouvelle mouvance présidentielle.
De quoi attiser davantage la colère de la direction du parti qui, de but en blanc, a décidé de radier une bonne brochette de cadres, accusés d’être les fossoyeurs du RPG. Une purge qui en appellera d’autres, à l’allure où va le train.
« BEAUCOUP D’APPELÉS ET PEU D’ÉLUS »
La volonté de tout remettre à plat au niveau des partis politiques, a certainement pour but de rebattre les cartes. Histoire de réduire drastiquement le nombre de formations politiques dans notre pays. Quand on sait qu’on en était quasiment à près de 300 partis avant le putsch du 05 septembre 2021. C’est ainsi que cette idée de bipartisme a germé à un moment donné, à la faveur des réformes engagées par le gouvernement. Sans que cela ne fasse cependant de chemin.
Toutefois avec la refondation en cours, et vu la dissolution d’une vingtaine de formations politiques, il faut s’attendre qu’il y ait « beaucoup d’appelés et peu d’élus », dans le landerneau.
A la question de savoir si le MATD ne serait pas sur le point de porter le dernier clou dans le cercueil des grands partis, à l’UFR de Sidya Touré on botte en touche.
« Avant de répondre à cette question, il est bon de rappeler que l’UFR a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées par les émissaires du MATD. Voilà pourquoi nous avons été surpris de constater la décision alors injustifiée nous suspendant de toute activité durant une période de 90 jours. Après moult tractations, nous avons été finalement situés sur les raisons dont entre autres la certification par un expert-comptable de nos documents comptables. Et ce, en dépit du fait que l’Etat n’a jamais respecté son engagement dans son sens, la subvention des partis politiques. A cela s’ajoute le congrès », réplique Fodé BALDE, responsable de la Cellule de Communication de l’UFR. Tout en remettant une louche en ces termes : « à date, nous avons tout préparé. Il ne reste que le congrès qui, lui, également se tiendra au plus tard en juin. Nous travaillons ardemment sur toutes ces questions même si l’objectif poursuivi par toute cette cabale se situe ailleurs. Mais nous restons fermes quant à notre engagement pour le retour à l’ordre constitutionnel conformément aux engagements pris par le Général Mamadi DOUMBOUYA. Ce qui reste clair, les Guinéens ont compris la nécessité du retour à l’ordre constitutionnel. Car, nous sommes tombés trop bas avec tout ce qui se passe dans le pays ».
Au moment où nous allions sous presse, le parti de Sidya Touré avait tenu son congrès, en reconduisant l’ancien Premier ministre au poste de président, avec un score à la soviétique de 94 %. Comme quoi ce combat de David contre Goliath est loin d’avoir livré tous ses secrets.
Alluremag N°002 – JUILLET 2025














