Le 27 avril dernier, le Général Mamadi Doumbouya inaugurait en grande pompe le pont unique de Tanènè. Un ouvrage qui, à lui seul, relègue le calvaire vécu par les usagers lors de la traversée des 4 ponts métalliques, construits en 1957. Ce pont à péage dont les travaux ont été coordonnés de mains de maître par le Fonds d’Entretien Routier (FER), a radicalement changé la traversée du fleuve Konkouré. C’est une approche novatrice que propose le FER, mettant à contribution les banques locales et les populations au financement des infrastructures routières, souvent très onéreuses sur le plan financier. Deux mois après la coupure du cordon inaugural, nous sommes retournés sur le site de péage-pesage construit à Tanènè.
A l’entrée de la sous-préfecture de Tanènè, une nouvelle déviation s’étale devant les conducteurs, offrant une route bitumée qui mène vers le poste de péage. L’usager a le choix de continuer sur l’ancienne route, gratuite et toujours soumise aux aléas des embouteillages, des risques d’accidents et de la traversée des 4 ponts métalliques. Ou de s’engouffrer dans la nouvelle voie d’accès de 7km, qui enjambe en une seule traversée le Konkouré, contournant Tanènè-centre.
En empruntant cette nouvelle route, nous voici sur le site du péage flambant neuf. Sous un soleil de plomb, tous les employés sont affairés, chacun dans son domaine, contribuant au fonctionnement correct de l’ouvrage. Il faut dire que c’est une première en Guinée. Le défi est donc énorme, non seulement dans la gestion des flux, mais aussi et surtout dans la gestion et la maintenance des infrastructures. Mais tout le monde semble ici rodé et rompu à la tâche, grâce à une formation offerte par le Fonds d’Entretien Routier.
Le trafic est incessant. Les engins se suivent dans tous les deux sens et les opérateurs n’ont pas de répit. Des motos aux grosses remorques, en passant par les véhicules légers, les différentes voies ne se vident pas. Au total, 8 voies sont offertes aux usagers, à raison de 4 voies pour chacun des sens. Parmi ces 4 voies, deux sont uniquement réservées aux poids légers, tels que les motos et les véhicules intermédiaires, et deux autres sont dédiées exclusivement aux poids lourds.
A plus de 200 mètres, le conducteur est orienté, via des panneaux visibles à distance, indiquant les voies à emprunter. En lieu et place des heures que l’on perdrait dans la traversée des anciens ponts, au poste de péage la traversée n’est plus qu’une question de quelques secondes.
Mohamed Lamine Dembélé, l’un des caissiers que nous avons interrogé, explique : « quand un usager est sur la voie, je cherche à classifier le véhicule, je lui dis le prix, il me donne l’argent, je classifie et je valide la transaction, j’imprime le ticket, je lui donne, ensuite je lève la barrière et il s’en va. Ça prend à peu près trois à cinq secondes. Le trafic est intense parfois, d’autres fois c’est calme, mais il y a toujours le trafic », a-t-il fait savoir.
Le ballet incessant de véhicules laisse peu de temps à chaque conducteur. Chacun d’entre eux se réjouit du gain de temps offert par cette nouvelle route, mais aussi la qualité du bitume. Par-dessus tout, c’est le sentiment de fierté que cela procure qui anime la plupart des usagers. Chacun se sentant directement impliqué dans le financement des infrastructures routières dans le pays. Cette vision du gouvernement guinéen est partagée par nombre d’entre eux.
Ce pont à péage intègre de la technologie de dernière génération. Parmi cet appareillage figurent les feux de signalisation et d’affectation. À distance, ils indiquent à l’usager la station à emprunter. Identifiables à travers des panneaux d’affectation, des croix vertes ou rouges, ce sont elles qui signalent si oui ou non une voie est opérationnelle. « Lorsque c’est une croix rouge, ça veut dire que la voie est fermée, vous ne devez pas emprunter cette voie. Quand c’est une croix verte, ça veut dire que la voie est ouverte. Et quand vous avancez sur les voies ouvertes, vous avez des barrières à redondance automatique qui se lèvent automatiquement. Elles communiquent avec une boucle qui est installée à l’avant. Dès que le véhicule arrive, la boucle détecte le métal et ordonne à la barrière de s’élever. Vous allez dépasser aussi les caméras qui filment votre arrivée et prennent toutes les informations sur le véhicule. Il y a aussi les feux bipolaires qui vous orientent lorsque vous devez avancer, car quand une voiture est déjà dans la voie, vous devez attendre, le feu bipolaire se met en rouge. Lorsque cette voiture quitte la voie, automatiquement, le feu change en vert. Ça vous autorise d’avancer », explique Amara Soumah, superviseur de gare.
Tanènè est à la fois une infrastructure de péage et de pesage. Sous le béton du poste de péage, des boucles sont enfouies et permettent de peser les véhicules lourds et de montrer les excédents aux usagers.
Sur le plan économique, des spécialistes estiment que les usagers qui empruntent ce péage gagnent presque deux heures d’avance sur ceux qui passent sur les quatre ponts. L’ensemble de la logistique est coordonné par Mariame Ciré Camara, nommée au poste de Cheffe de gare. Sous sa supervision, 3 chefs de gare, 4 superviseurs, 40 caissiers, ainsi que des chauffeurs. De la sécurité à la restauration, en passant par l’assainissement, rien n’est occulté.
Bien que ce soit une première en Guinée, Mariame Ciré se félicite du fait que ses collaborateurs ont vite réussi à maitriser le mécanisme. « Le début n’était pas du tout facile, mais avec le temps, on commence à s’adapter, surtout avec les usagers. Concernant les tarifs, il y a certains qui ne sont pas habitués à cela, surtout qui n’ont jamais vu le péage. Et parfois certains voudraient que leurs tickets de péage leur serve pour l’aller et le retour, ce qui n’est pas le cas », a-t-elle expliqué.
L’Etat guinéen ne s’est pas limité à la construction et l’équipement du site, une équipe de maintenance est également sur place pour intervenir au moindre disfonctionnement éventuel. « On a une équipe de maintenance ici, composée de trois Marocains. Ils font partie des concepteurs de ce péage. Ils nous appuient, dès qu’il y a un petit problème, ils interviennent », précise la cheffe de gare Mariame Ciré Cissé.
Au-delà du confort, le poste de péage a aussi contribué à réduire les cas d’accidents dans le centre de Tanènè en y réduisant le trafic. Dans les prochains mois, des postes de ce type verront le jour sur plusieurs autres routes du pays. Quatre nouveaux postes de péages seront en effet installés sur la RN1, la RN4 et la RN6
Alluremag N°002 – Juillet 2025














