Le pont du Kilomètre 36, censé être un symbole de modernisation entre Conakry et Coyah, est aujourd’hui méconnaissable. Transformé en un véritable dépotoir à ciel ouvert, il est littéralement envahi par les ordures, les vendeurs ambulants et des motards en maraude, dans un désordre indescriptible.
Dans cette zone de grande affluence, surtout en période de pluies et aux heures de pointe, le pont devient un véritable enfer pour les usagers. Le constat est glaçant : des sacs d’ordures empilés en pleine chaussée, des flaques d’eau stagnantes, des embouteillages monstres et une cacophonie permanente où klaxons, insultes et moteurs hurlants se mélangent.
Ce passage, pourtant construit récemment, sous l’impulsion des autorités de la transition, est aujourd’hui un cimetière de promesses non tenues. Sur place, les files de véhicules s’étendent sur des centaines de mètres, paralysées par des obstacles humains et matériels. Les automobilistes tentent de se frayer un chemin en forçant le passage, au risque de provoquer des accidents.
Bafodé Soumah, un conducteur de taxi clandestin, circule entre KM36 et Madina. À bord de son véhicule délabré, sans plaque ni vitre arrière, remplacée par un bout de caoutchouc, il lâche, excédé : « Le général Mamadi Doumbouya nous a offert un pont, mais cet endroit nous a fatigués. J’ai mis 13 minutes pour faire quelques mètres. Ici, on s’insulte tous les jours, c’est la pagaille. Chacun fait ce qu’il veut, matin, midi et soir. »
Chaque jour, des quantités monstrueuses d’ordures sont déversées en toute impunité aux abords du pont. L’odeur est suffocante, les insectes pullulent, et l’environnement est devenu totalement invivable pour les riverains comme pour les usagers.
Ousmane Bangoura, fonctionnaire, fait la navette entre Coyah et la capitale chaque semaine. Face à l’état du pont, il est abattu : « Moi, je me demande s’il y a une autorité au KM36. Des sacs d’ordures remplis sont déposés au milieu du pont. C’est irresponsable, de la part des autorités comme des citoyens. C’est la route que je pratique tous les jours, et le constat est toujours le même. Quand j’en parle, j’ai mal au cœur. »
À cela, s’ajoute une occupation sauvage du pont par des vendeuses et des vendeurs de tous bords. Une véritable foire illégale s’y est installée, en violation totale de toute règle de sécurité.
Lorsque nous avons tenté de prendre des photos, Salématou Kourouma, une vendeuse de fruits secs, s’est violemment emportée en soussou: « Pourquoi tu prends des photos ? C’est ton pont ? Nafagui ! Vous gâtez nos chances ici. Gare à toi si demain on m’enlève d’ici .», nous ménace-t-elle.
Face à cette hostilité grandissante, notre équipe a été contrainte de quitter les lieux pour des raisons de sécurité.
Non loin de là, des motards stationnent illégalement sur le pont, formant un parking sauvage. Ils guettent les passants pour leur proposer des courses, gênant davantage la circulation. Interpellés, aucun n’a accepté de répondre à nos questions, malgré leur présence flagrante, sous les yeux impassibles des forces de sécurité.
Le pont du KM36 n’est plus un lieu de passage. C’est un champ de ruines sociales, un carrefour d’incivisme, un échec visible de l’autorité publique. Aucun panneau d’interdiction n’est respecté, aucun policier n’ose intervenir. L’État y a perdu son autorité. Ĺ’anarchie règne sans frein, sans contrôle, sans honte. Les voitures roulent au pas, les piétons slaloment entre les flaques, les ordures et les vendeurs. Et les autorités ? Elles brillent par leur silence et leur indifférence.
Si rien n’est fait rapidement, ce pont deviendra non seulement un point noir de la circulation, mais un foyer de tous les dangers sanitaires et sécuritaires.
Amadou Diallo














