Il y a encore quelques mois, les abords du marché d’Enco 5 offraient un rare souffle de fluidité dans le tumulte quotidien de Conakry. Trottoirs dégagés, chaussée libre, circulation apaisée. Un soulagement pour les riverains, qui n’aura été, hélas, que de courte durée. Aujourd’hui, ce répit semble définitivement révolu.
Le bitume, autrefois libéré, est de nouveau envahi. Vendeurs ambulants, kiosques de fortune, étals débordant sur la route. Catherine Soumaoro, vendeuse de tomates et de poissons, installée au bord de la route, explique son retour: « On ne nous a recasés nulle part. Je paye 5 000 FG chaque matin pour qu’on me laisse vendre ici. Les policiers et les autorités prennent leur part. Je suis fatiguée de bouger à chaque déguerpissement. »

Plus loin, Mariama Sadio Diallo, vendeuse de condiments, s’emporte en voyant un téléphone s’approcher: « C’est ici que je gagne ma vie. Demain encore, à cause de vous, ils viendront nous chasser. Ce n’est pas juste. Ne me filmez pas .»
Pendant que les vendeurs défendent leur droit à survivre, les usagers, eux, vivent un véritable calvaire. Mohamed Bangoura, piéton frustré, témoigne: « Traverser ici à 17h, c’est risqué. Entre les voitures, les motos et les étals, je perds chaque jour au moins six minutes. J’ai failli me faire heurter trois fois cette semaine. »

Aboubacar Sylla, conducteur de taximoto, résume l’absurdité: « En temps normal, Enco 5–Sangoyah se fait en 4 minutes. Aujourd’hui, c’est minimum 25. Tout est perdu, carburant, temps, énergie. »
Même les clients jettent l’éponge. Fatoumata Camara, ménagère excédée, confie: « Je suis venue pour acheter du poisson et quelques légumes. Avec la foule et les embouteillages, j’ai fini par partir les mains vides. C’est invivable. »

Ce regain d’occupation illégale illustre l’échec d’un déguerpissement mal pensé, sans alternatives concrètes ni plan de recasement durable. Résultat, une anarchie rampante, aggravée par une forme de tolérance tacite des autorités. À Enco 5, l’informel triomphe, la circulation étouffe, et la capitale peine à respirer.
Amadou Diallo














