À Gbessia, juste après le rond-point de la Tannerie, une ruelle coincée entre le mur des centrales électriques et le marché principal s’est muée en zone de survie. Ici, ce ne sont pas des étals, mais des morceaux de bâches jetés à même le sol, au milieu de flaques jaunâtres et de boue épaisse.
Tomates, aubergines, manioc, plantains, tout est là. Mais à quel prix ? Les légumes reposent dans une humidité constante, entourés d’eau stagnante et de mouches. L’odeur est âcre, l’hygiène absente. Et pourtant, on y vend, on y achète, comme si de rien n’était. N’natou Sylla, vendeuse de condiments, explique: « Une table au marché coûte 350.000 fg. Moi, j’achète du manioc pour 100.000 fg et je vends au détail. Si je vais au marché, je perds tout. »
Une autre, visiblement agacée, renchérit: « On n’est pas ici par plaisir. C’est ici qu’on gagne un peu. Tu as vu quelqu’un mourir ? Non. Alors laissez-nous. »
Et les clientes ? Elles non plus n’ont pas d’alternative. Madame Camara qui vient de finir ses achats, glisse avant de monter sur une moto: « Je lave tout avec de l’eau de javel. Avec 25.000 fg, je ne peux pas aller ailleurs. »
Ce marché n’est pas un lieu, c’est un cri. Un cri de femmes abandonnées, coincées entre misère et débrouille, entre survie quotidienne et dangers invisibles. Tout le monde voit, pourtant personne n’agit.
Amadou Diallo














