À Petit Simbaya, dans la commune de Lambanyi, l’eau est devenue un luxe. Depuis 2011, des robinets de la SEG restent désespérément secs dans de nombreux foyers. Un constat aussi frappant qu’alarmant, au vue du nombre de citoyens qui habite ce quartier. Petit Simbaya n’est en réalité qu’un exemple parmi tant d’autres, en plein cœur de la capitale guinéenne.
L’essentiel de la population se tourne vers les forages, pendant que la SEG, société des eaux de Guinée, poursuit, elle, le renforcement de son réseau pour répondre à cette demande sans cesse croissante, face à laquelle elle a pris du retard.

Dans ce deuxième numéro de notre immersion à Petit Simbaya, nous nous intéressons aux stratégies de survie des populations, mais aussi à une frange de jeunesse qui a vu dans cette pénurie une opportunité économique.
Face à cette crise chronique en effet, trois jeunes du quartier Ousmane Baldé, Souleymane Diallo et Mountagha Diallo ont trouvé une réponse pragmatique à une détresse collective.

Chaque nuit, munis d’une charrette et d’une brouette, ils sillonnent les rues, bidons pleins à la main. Leur eau provient d’un forage privé, celui de Madame Souaré, près d’un transformateur électrique : « C’est souvent la nuit qu’on puise, quand il y a moins de monde », confie Ousmane, élève en terminale, orphelin de père, qui vit chez son oncle.
À la place de certaines familles, ces jeunes arpentent les rues, font la quête devant les points d’eau disponibles. C’est là qu’il se ravitaillent pour ensuite livrer ces bidons chez « leurs clients ».

Sur les routes rocailleuses du quartiers, parfois bétonnées, ces jeunes et leurs charrettes, ou brouettes, sont aux prises avec les nids de poules et les pentes à surmonter. Leurs figures en sueur témoignent de la charge qu’ils poussent.
Tout a commencé par un geste solidaire. Un voisin dont l’épouse enceinte manquait d’eau: « J’ai envoyé deux bidons, il m’a donné 20.000 GNF, puis 10.000 le lendemain », raconte-t-il.

De fil en aiguille, la demande a explosé. Aujourd’hui, ils reçoivent jusqu’à six appels par jour, principalement de familles aisées, prêtes à payer 5.000 GNF pour deux bidons livrés à domicile.
La nuit, leurs revenus dépassent parfois les 50.000 GNF. Si ce « business de la soif » leur permet de subvenir à leurs besoins, il révèle surtout l’ampleur de la crise. Car à Petit Simbaya, l’eau est devenue une denrée marchande que seuls certains peuvent se permettre.

Alors que la SEG peine à rétablir le service, des jeunes transforment la pénurie en opportunité. Mais jusqu’à quand faudra-t-il payer au prix fort pour une ressource aussi vitale que l’eau ?
Amadou Diallo














