À Diécké, au sud de la Guinée, des planteurs d’hévéa affiliés à la Société Guinéenne de Palmier à Huile et d’Hévéa (SOGUIPAH) sont en grève. Depuis une semaine, ils ont cessé toute livraison de leur production à l’usine locale. En cause, des arriérés de paiement de cinq mois, mais aussi des dettes datant, selon eux, de plus de vingt ans.
C’est une grève pacifique, mais ferme. Aucun blocage n’est signalé, aucune manifestation violente. Chacun garde sa production chez lui, refusant de la livrer à l’usine tant qu’aucune solution concrète n’est trouvée.
Pour mieux comprendre les dessous de cette grève, nous avons joint Mory Sara Cissé, vice-président des planteurs au niveau de la SOGUIPAH: « Nous, les planteurs de Benso de Diécké, avons décidé d’arrêter de livrer. Vous savez, il y a deux localités, à Bignamou, ils livrent leur production vers Kilibala dans Péla. Eux, ils n’ont aucun problème de paiement. Par contre, ici à Diécké, nous amenons notre production à l’usine directement. C’est ici qu’il y a problème. Car, cette livraison faite ici à l’usine, le paiement est très difficile. »
Il dénonce également un système parallèle qui pénalise lourdement les planteurs: « On a des problèmes ici car la livraison est devenue la paie des Fafas. C’est-à-dire qu’il y a une sous-commission en face même de l’usine. Dès que vous envoyez (la production), comme il y a du retard dans le paiement et que vous comptez sur ces différentes sommes pour envoyer vos enfants à l’école et surtout pour nourrir la famille, vous êtes obligés de leur vendre à vil prix, trop bas. Et eux, ils revendent à un autre prix, car ils ne sont pas pressés comme vous. »
Selon Mory Sara Cissé, les retards de paiement ne datent pas d’hier : « La paie est en retard, cinq mois impayés et beaucoup d’autres dettes de plus 13 ans. Et aucune communication pour nous dire exactement à quand le paiement de notre argent . »
La grève ne concerne pas uniquement les planteurs. Elle s’étend aussi aux chauffeurs de la section hévéa de Diécké: « Dans cette grève, nous ne sommes pas seuls. Les chauffeurs ont commencé avant nous. Et cette grève concerne la section hévéa de Diécké. »
Autre difficulté évoquée, la convention régissant leur relation avec la SOGUIPAH, jugée obsolète: « Notre convention est expirée, c’est une ancienne convention. »
Ce lundi, une première réunion a eu lieu avec les autorités locales vers 10h: « Nous sortons d’une réunion générale avec les autorités administratives d’ici. On vient de nous informer. En attendant, pas de livraison jusqu’à la satisfaction de notre requête. »
Mory Sara Cissé conclut : « C’est une grève pacifique. Ce n’est pas pour barrer la route ou empêcher l’usine de fonctionner. Non, ici, chacun reste à la maison avec sa production. Une délégation vient de quitter Conakry pour nous rencontrer mardi. Donc, on attend cette délégation. »
L’Union des planteurs d’hévéa de Benso de Diécké, et non de Bignamou, reste mobilisée. Elle réclame le paiement des cinq mois d’arriérés, ainsi que d’autres dettes impayées depuis plusieurs années. La situation reste tendue dans cette région du sud du pays, où la culture de l’hévéa représente une source de revenu vitale pour des centaines de familles.
Amadou Diallo














