Le fossé ne cesse de se creuser entre Elhadj Gouro Boly, éleveur bien connu dans la région, et les populations des districts de N’zon et de Gbeckè. Les tensions, déjà vives, ont franchi un nouveau seuil ce jeudi 16 octobre 2025, lorsque des femmes des deux localités ont manifesté torse nu pour dénoncer « les dégâts causés par les troupeaux de l’éleveur ».
Selon les habitantes, les bœufs de l’éleveur envahissent régulièrement leurs champs, détruisant cultures et récoltes. Un acte vécu comme une attaque directe contre leurs moyens de subsistance. Le geste fort et symbolique des manifestantes: se dénuder partiellement, traduit un profond désespoir et une rupture totale de dialogue.
« C’est une forme de cri du cœur, une manière de dire que trop, c’est trop », confie une résidente de Gbeckè. « Nos terres sont notre vie. Et aujourd’hui, elles sont piétinées, sans que personne ne nous protège. »
La situation est d’autant plus tendue que cet épisode intervenu dans un climat déjà électrique. Récemment, des bouviers travaillant pour Elhadj Gouro Boly ont été violemment pris à partie par la population du village de Zougouéta. Ces derniers transportaient un présumé voleur de bœufs attaché sur la moto, vers N’zérékoré, avant d’être interceptés, ligotés et lynchés par des habitants. Un événement qui a profondément choqué, et accentué le sentiment d’insécurité et de rejet mutuel.
Du côté des autorités, on tente d’apaiser. Benjamin Doré, président de la délégation spéciale de Lola, a reconnu la gravité de la crise et appelle à la retenue. Mais sur le terrain, le dialogue semble rompu. Les populations ne font plus confiance à l’éleveur, qu’elles accusent de rester sourd à leurs doléances. En retour, les partisans d’Elhadj Gouro dénoncent une justice populaire incontrôlable.
Entre accusations de laxisme, violences communautaires et conflits d’usage des terres, le cas de Lola illustre une fracture profonde entre éleveurs et agriculteurs. Une fracture dont les protestations symboliques et les appels au calme ne suffisent, pour l’instant, de refermer.
Aboubacar Sidiki Camara














