Un nouveau rapport d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre met en cause la Société guinéenne de palmiers à huile et d’hévéa (SOGUIPAH), entreprise publique longtemps considérée comme un pilier de l’agro-industrie nationale. Le document, rendu public ce jeudi 23 octobre 2025 à Conakry par le chercheur principal Fabien Hoffner, révèle des atteintes systématiques aux droits économiques et sociaux des travailleurs et des planteurs liés à la société.
Selon le rapport, les violations concernent trois domaines majeurs : les conditions de travail, les expulsions forcées de terres et la liberté d’expression.
Amnesty International dénonce d’abord le non-respect du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), fixé à 550 000 francs guinéens depuis 2022. Des bulletins de paie examinés par l’organisation montrent que certains ouvriers perçoivent moins de 100 000 francs guinéens par mois, pour près de 170 heures de travail.
Ces bas salaires concernent principalement les manœuvres, jardiniers et ouvriers de longue date, parfois employés depuis plus de dix ans. « Avec de tels revenus, il est impossible de vivre dignement », souligne le rapport.
Les planteurs familiaux, contraints de vendre leur production d’hévéa et de noix de palme à la SOGUIPAH, seraient également victimes d’abus contractuels et de retards de paiement chroniques. Faute de transparence, nombre d’entre eux ignorent les termes exacts des conventions signées avec l’entreprise publique.
Les enquêteurs d’Amnesty ont constaté de graves manquements aux normes de sécurité. De nombreux travailleurs ne disposent ni de gants, ni de bottes, ni de lunettes de protection, alors qu’ils manipulent des produits chimiques classés dangereux par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le centre médical de Diécké, censé prendre en charge les employés, souffre d’un manque de médicaments et d’infrastructures en état de fonctionnement.
Amnesty International documente également des cas récents d’expulsions forcées dans plusieurs villages de la région de N’zérékoré, notamment à Galakpaï et Gbalan. En 2021, des habitants auraient été contraints de quitter leurs terres sans compensation équitable, en violation du droit guinéen et des conventions internationales.
Le rapport rappelle le précédent tragique événement du village de Saoro, où des affrontements avaient éclaté en 2014. Les victimes attendent toujours réparation.
L’organisation pointe une atteinte préoccupante à la liberté d’expression. Les travailleurs craignent des représailles s’ils dénoncent leurs conditions de vie. Le cas d’Angeline Kamano, syndicaliste licenciée après avoir publié un message critique sur les réseaux sociaux, illustre cette répression.
« Une véritable omerta règne autour de la SOGUIPAH », a déclaré Fabien Hoffner lors de la présentation du rapport.
Créée en 1987, la SOGUIPAH emploie directement ou indirectement plus de 10 000 personnes et représente un pilier économique majeur pour la région forestière. Mais selon Amnesty, cette entreprise publique « symbolise à la fois les promesses et les échecs de la gouvernance économique en Guinée ».
Alors que le gouvernement a fait de la restructuration de la SOGUIPAH une priorité nationale, l’organisation appelle les autorités à garantir le respect du droit du travail, à indemniser les victimes d’expulsions et à protéger la liberté syndicale.
« La SOGUIPAH, entreprise d’État, devrait être un modèle en matière de respect des droits sociaux. Elle en est aujourd’hui l’exact contraire », conclut le rapport.
Aboubacar Sidiki Camara














