Nos stades de football sont-ils encore des temples du sport ou ont-ils définitivement basculé dans l’anti-sportivité, voire la brutalité ? Saison après saison, le même scénario se répète. Les insultes, les agressions physiques, les débordements violents, les images choquantes, voilà ce que le championnat national de football offre souvent à la place du jeu.
Et rien ne semble capable d’endiguer cette spirale de violence qui abîme l’image de notre football, et trahit l’esprit même du jeu.
Dernier épisode en date, le déplacement du Wakriya de Boké à Kankan, lors de la 5ème journée de Ligue 1. À peine le but égalisateur inscrit contre le Milo, la rencontre vire au chaos. Des scènes d’une violence insoutenable éclatent, laissant joueurs et membres du staff du Wakriya de Boké à la merci de supporters incontrôlés. Les vidéos, qui ont rapidement circulé, témoignent d’une sauvagerie d’un autre âge. Aucun acteur du Wakriya n’a été épargné.
Et pourtant, ce théâtre de violence n’est plus une exception.
La veille, la Ligue Guinéenne de Football Professionnel alertait déjà sur des casses et destructions de matériel après Hafia – Foot Élite au Stade Petit Sory de Nongo. Siguiri, Kankan, Coléah, Télémélé… la liste des enceintes devenues de véritables rings ne cesse de s’allonger.
Comment accepter que l’on ne puisse plus aller au stade sans craindre d’être pris dans une bagarre générale ? Comment tolérer qu’un match de football devienne une expédition risquée pour les joueurs eux-mêmes ?
La vérité est simple, mais elle reste ce qu’elle est. Les mesures de sécurité actuelles ne suffisent plus. Les amendes infligées, les avertissements répétés, les sanctions disciplinaires symboliques n’ont aucun effet dissuasif. Tant que les fauteurs de troubles seront à peine inquiétés, tant que les stades seront livrés à eux-mêmes faute d’un dispositif sécuritaire digne de ce nom, rien ne changera.
Nos stades manquent de personnel qualifié, de stratégies d’anticipation, de fouilles rigoureuses, de présence policière réelle. Il est aberrant de constater que la garde rapprochée d’un dirigeant qui assiste à un match bénéficie parfois d’un dispositif plus robuste que celui destiné à protéger des centaines de spectateurs et 22 joueurs.
Allons-nous continuer à rester spectateurs de notre propre faillite sécuritaire ? Attendre qu’un drame irréversible se produise pour réagir ? Le football guinéen mérite mieux que cette inertie.
Il est urgent d’exclure définitivement les supporters violents, d’imposer des sanctions lourdes et systématiques, de responsabiliser les clubs, de renforcer le personnel de sécurité, et de transformer nos stades en espaces protégés où familles, enfants et passionnés peuvent venir sans peur. Le football ne peut plus être le terrain d’expression de colères incontrôlées ou d’un hooliganisme devenu banal.
Aux décideurs d’agir, réellement, immédiatement. Un stade n’est pas un champ de bataille. C’est un lieu où l’on célèbre le talent, la passion, la compétition. Il est temps de rendre au football guinéen la dignité qu’il mérite.
Mohamed Béné Barry














