La traditionnelle cérémonie de passation de service des membres du gouvernement se poursuit. Après le Premier ministre et le ministre secrétaire général du gouvernement, ce mercredi 4 février 2026, le tout nouveau ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, garde des Sceaux de la Cinquième République, Ibrahima Sory II Tounkara, a été officiellement installé dans ses fonctions à Kaloum.
S’exprimant à cette occasion, Ibrahima Sory II Tounkara a déclaré:
« En cet instant solennel, où la République se regarde elle-même à travers l’une de ses fonctions les plus nobles, les plus sensibles et les plus exigeantes, je m’incline d’abord devant ALLAH, le Très-Haut, Maître du temps et des destinées, source ultime de toute justice, de toute vérité et de toute équité.
C’est par Sa volonté que l’homme est appelé à servir plus grand que lui. C’est par Sa sagesse que la Justice n’est jamais seulement une règle, mais une conscience en action, une exigence morale, une responsabilité devant l’Histoire.
Je rends ensuite un hommage empreint de respect et d’émotion à mes parents biologiques, dont l’éducation, les sacrifices silencieux et l’héritage moral ont façonné en moi le sens du devoir, le respect de l’autorité et l’amour du bien commun. Leur enseignement demeure le socle invisible de mon engagement public.
J’adresse également ma reconnaissance à mon épouse et à mes filles pour leur soutien sans faille.
Je mesure pleinement la portée de la confiance que m’accorde Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, Président de la République, en me confiant la charge de premier garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de la Cinquième République. Cette confiance est un mandat républicain, un serment tacite fait à la Nation, et une obligation de loyauté, de rigueur et de résultats.
J’exprime également ma reconnaissance à Monsieur Amadou Oury Bah, Premier ministre, chef du Gouvernement, pour son leadership, sa vision d’ensemble et son attachement à la cohérence de l’action publique, sans laquelle aucune réforme structurelle ne saurait prospérer.
Je tiens à saluer avec une déférence particulière Monsieur Yaya Kaïraba Kaba, mon prédécesseur, éminent magistrat dont la trajectoire professionnelle force le respect et dont l’action a profondément marqué l’appareil judiciaire guinéen.
À cet instant précis, la mémoire collective gardera de lui l’image d’un homme ayant laissé à la Justice guinéenne un héritage fait de rigueur, de dignité institutionnelle et de fidélité aux principes de l’État de droit. La République lui en est reconnaissante, car la Justice ne se construit jamais dans la rupture aveugle, mais dans la continuité responsable, l’amélioration constante et la transmission des valeurs.
Merci d’avoir contribué à l’épanouissement du magistrat que je suis. Merci d’avoir servi la Justice pendant toutes ces années. En un mot, merci d’avoir servi la Guinée. »
Après ces salutations et remerciements, il a poursuivi :
« Mesdames et Messieurs,
La Justice est le pilier silencieux de la République. Lorsqu’elle est forte, la Nation est stable. Lorsqu’elle est crédible, l’État est respecté. Lorsqu’elle est humaine, le peuple est réconcilié avec ses institutions.
La Justice n’est ni vengeance, ni complaisance.
Elle est équilibre, mesure et autorité légitime.
C’est pourquoi je m’engage solennellement à respecter scrupuleusement la hiérarchie institutionnelle, à inscrire mon action dans la discipline gouvernementale, et à faire du ministère de la Justice une administration exemplaire, lisible et responsable.
Mesdames et Messieurs,
La Cinquième République nous impose une lucidité courageuse. Notre système judiciaire souffre encore de failles structurelles profondes.
Le surpeuplement carcéral demeure l’un des défis les plus graves, résultant principalement du non-respect des délais légaux de traitement des procédures, du recours excessif à la détention provisoire et de l’insuffisante mise en œuvre des alternatives légales à l’emprisonnement.
La lenteur de la justice. Une justice lente est une justice perçue comme injuste. Elle fragilise la confiance des citoyens et nourrit le sentiment d’arbitraire.
Les insuffisances en matière de formation. L’évolution du droit, la complexité des contentieux modernes et les exigences internationales imposent une montée en compétence permanente des acteurs judiciaires.
Les déficits infrastructurels. Des juridictions inadaptées, des établissements pénitentiaires surchargés et des moyens logistiques insuffisants compromettent la dignité humaine et l’efficacité judiciaire.
Le déficit de cohésion institutionnelle. La Justice est une chaîne : lorsqu’un maillon faiblit, c’est l’ensemble qui vacille.
Face à ces défis, mon action s’articulera autour de cinq engagements structurants.
Premier engagement : une politique pénale responsable et humaine
Respect strict des délais légaux ;
Réduction raisonnée de la détention provisoire ;
Promotion effective des alternatives à l’incarcération.
Deuxième engagement : la dignité carcérale
Lutte méthodique contre le surpeuplement ;
Amélioration des conditions de détention ;
Modernisation de la gestion pénitentiaire.
Troisième engagement : la formation comme levier de transformation
Renforcement de la formation initiale ;
Institutionnalisation de la formation continue ;
Valorisation de l’éthique, de la déontologie et des droits de l’homme.
Quatrième engagement : les droits de l’homme comme boussole
Protection effective des libertés fondamentales ;
Accès équitable à la justice ;
Prévention des violations des droits de l’homme.
Dans le cadre des droits de l’homme, sachons que la Justice guinéenne, à tort ou à raison, est décriée et souvent cataloguée. Il nous revient, à nous acteurs judiciaires, d’inverser cette tendance afin d’instaurer une véritable justice respectueuse des droits de l’homme.
Une justice respectueuse des droits de l’homme est celle qui consacre le droit d’être jugé publiquement, dans un délai raisonnable et par un tribunal indépendant et impartial.
Une justice respectueuse des droits de l’homme repose sur la présomption d’innocence jusqu’à l’établissement légal de la culpabilité.
Une justice respectueuse des droits de l’homme garantit le droit à un avocat et le respect du contradictoire.
Une justice respectueuse des droits de l’homme garantit l’égalité de tous devant la loi.
Une justice respectueuse des droits de l’homme rend effectif le droit au recours.
Cinquième engagement : infrastructures, modernisation et cohésion
Réhabilitation des juridictions ;
Digitalisation progressive des procédures ;
Gouvernance judiciaire fondée sur le dialogue et la responsabilité partagée.
Mesdames et Messieurs,
Aucune réforme ne réussira sans une prise de conscience collective, proactive et courageuse.
J’en appelle aux magistrats, aux greffiers, aux avocats, aux huissiers de justice, aux notaires, aux commissaires-priseurs, aux officiers de police judiciaire, aux personnels administratifs et aux partenaires institutionnels, pour bâtir ensemble une Justice intègre, performante et respectée.
La Justice n’appartient pas à un homme. Elle appartient à la République. Elle appartient au peuple.
En ce jour solennel, je prends l’engagement irrévocable de servir la Justice guinéenne avec humilité, fermeté, loyauté institutionnelle et fidélité absolue aux valeurs républicaines.
Je sais que la tâche est immense, mais je crois en la force du collectif. Je crois en la capacité de la Guinée à se doter d’une Justice crédible, humaine et moderne, à la hauteur des espérances de son peuple et des exigences de son temps. »
Amadou Diallo














