À l’évidence, l’affaire de la vidéo virale du vlogueur Tato de Porto devrait connaître un développement judiciaire. Le directeur de l’hôpital régional de Kankan en a décidé ainsi, en annonçant une plainte contre son auteur, dont le « crime » a été la diffusion de cette vidéo montrant, allongés dans le coffre d’un taxi, deux hommes victimes de fractures, suite à un accident routier survenu le 14 février dernier. À la clé, le vlogueur Tato de Porto accuse cet établissement hospitalier de manquer d’ambulances pour transporter ces accidentés vers Madiana, à moins de 90 km de Kankan.
Il n’en fallait pas plus pour que le directeur de l’hôpital régional de Kankan monte au créneau contre l’auteur de cette vidéo: « Ces accusations sont infondées et portent atteinte à l’image de l’hôpital. Nous disposons de quatre ambulances opérationnelles, prêtes à intervenir », dément le Dr Faremba Camara, qui s’est exprimé devant la presse locale lundi 16 février. Le patron du plus grand hôpital de la Haute-Guinée, ainsi que le médecin de garde ce samedi-là, ont accusé les victimes, Laye Doumbouya et Sékou Konaté, ainsi que leurs familles, d’avoir refusé d’entrer au bloc opératoire, tout en rejetant toute idée de transfert vers Conakry en vue d’une prise en charge appropriée du premier accidenté, Laye Doumbouya, souffrant d’une fracture du col fémoral. « Nous ne pouvons pas retenir un adulte contre son gré », a martelé le directeur de l’hôpital, tout en jurant de saisir la justice, après avoir transmis la vidéo incriminée au procureur général de Kankan.
Toutefois, il y a lieu de soulever quelques questions dans cette affaire en passe de prendre une tournure judiciaire, possiblement pénalisante et pénible pour le vlogueur, à qui l’on pourrait reprocher de ne pas avoir recueilli la version de l’hôpital de Kankan.
Ainsi, certaines de ces questions devraient trouver leurs réponses dans l’allocution circonstanciée du directeur de l’hôpital. Il en est ainsi de la question de savoir quel est le tarif de la prise en charge du patient Sékou Konaté, opérable à Kankan.
Au regard des pratiques tarifaires courantes, suffisamment onéreuses pour la gestion de tels cas, ce tarif supposément élevé a-t-il été communiqué au patient et à sa famille ? Étaient-ils disposés, voire disposaient-ils des moyens financiers nécessaires à une telle intervention chirurgicale ?
Quant au second cas, exigeant un transfert à Conakry, cette solution est davantage questionnable du point de vue financier, notamment en ce qui concerne le coût de l’ambulance devant transporter Laye Doumbouya. Le personnel de garde avait-il dévoilé le tarif de cette ambulance ? Il est vrai que le coût de l’intervention chirurgicale prévue pour son col fémoral devait attendre son admission aux hôpitaux Donka ou Ignace.
Toujours est-il qu’une telle opération se fait à un coût de plusieurs millions de francs guinéens dans ces hôpitaux de la capitale guinéenne. Conscients de cette future facture chirurgicale salée, Laye Doumbouya et sa famille ont-ils désespérément décidé de s’en remettre à un traitement traditionnel, sans doute incertain, mais nettement moins coûteux que dans les hôpitaux ?
En un mot comme en mille, le directeur de l’hôpital régional de Kankan devrait pouvoir, lors de cette conférence de presse, aborder ces questions. D’autant plus que si les journalistes présents n’y ont pas fait cas, une partie de l’opinion est fondée à les soulever.
En définitive, loin de se livrer à un exercice d’exhortation à un recours systématique aux pratiques traditionnelles, souvent ruineuses en termes de santé, il s’agit de poser la problématique du coût des interventions chirurgicales dans nos structures hospitalières, tant dans les services de traumatologie que dans d’autres services spécialisés nous exposant au bistouri de nos chirurgiens.
Au-delà de cet aspect pécuniaire, la question consiste également à savoir à quels moyens de persuasion, voire de contrainte, devrait recourir un médecin pour empêcher une victime d’une fracture grave de se soustraire aux soins hospitaliers au profit d’un traitement traditionnel.
Bien que complexe, cette question devrait être analysée et traitée durablement, afin d’éviter à des patients guinéens de traîner des handicaps physiques à vie, après un traitement raté de leurs fractures en dehors de nos structures sanitaires, soit faute de ressources financières conséquentes, soit par ignorance ou confiance aveugle dans les vertus de la médecine traditionnelle.
Allureinfo.net














