Malgré les menaces de sanctions et l’expiration du délai de 30 jours accordé par les autorités, les eaux usées continuent de se déverser à ciel ouvert dans plusieurs quartiers de Conakry. Sur le terrain, le changement tarde encore à se faire sentir.

Pourtant, le 21 janvier dernier, les autorités guinéennes ont durci le ton face au mauvais drainage des eaux usées dans la capitale. Un ultimatum avait été lancé aux citoyens et aux responsables de concessions afin de mettre fin aux déversements anarchiques sur la voie publique. Quelques jours après l’expiration de ce délai, notre reporter a arpenté plusieurs quartiers de la capitale. Sur le terrain, le constat reste préoccupant.

À Lambagny, notamment au centre commercial, des eaux usées mêlées à des résidus domestiques stagnent le long de la chaussée. L’odeur est incommodante. Les rigoles débordent et l’eau sale se fraye un chemin entre les passants et les véhicules.

Installé dans la zone depuis une dizaine d’années, Kanifou Foafan observe la situation avec lassitude. Pour lui, les annonces officielles n’ont pour l’instant produit aucun effet: « Ce communiqué n’a aucun effet pour le moment ici à Lambagny. Regardez devant vous, derrière les taxi-motos et devant les boutiques, c’est le centre commercial, tout le monde passe par ici le matin. Pendant toute la journée, surtout en saison sèche, on marche dans l’eau sale. Ce n’est pas caché. Faites un tour dans le quartier, vous verrez davantage. Moi, ça me fait mal. Je le jure sur mon enfant, chez moi, c’est une question d’éducation, personne n’ose verser l’eau dehors. J’ai moi-même creusé un trou de plus de cinq mètres pour évacuer les eaux usées. Nous sommes huit à la maison », explique-t-il.

Pourtant, les contrevenants s’exposent désormais à des sanctions sévères prévues par les textes en vigueur, une amende pouvant atteindre quinze millions de francs guinéens, assortie d’une peine d’emprisonnement ferme pour mise en danger de la vie d’autrui.

Malgré ces mesures dissuasives, certaines concessions continuent de déverser leurs eaux usées directement sur la chaussée, y compris dans les quartiers résidentiels de la haute banlieue de Conakry. À Sonfonia, Abou Doré affirme avoir pris connaissance du communiqué officiel. Toutefois, il estime que les avertissements ne suffisent pas: « Écoutez, il n’y a aucun effet. De Sonfonia Western Union jusqu’au centre de Sonfonia, regardez le goudron et les bordures de route. Mais si vous entrez entre les concessions, vous verrez la vraie réalité. Il faut sanctionner. C’est difficile, mais c’est la vérité », affirme-t-il.

Quelques jours après la fin de l’ultimatum, la réalité sur le terrain semble donc inchangée. Dans plusieurs concessions, les canaux de drainage continuent de se déverser directement sur la voie publique, exposant les populations à des risques sanitaires évidents.

Le message des autorités était pourtant clair. Mais entre les annonces et leur application effective, le fossé reste encore visible dans les rues de la capitale.
Amadou Diallo













