L’académie des Sciences de Guinée a organisé ce samedi 5 juillet, en tandem avec l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, un colloque axé sur « la résistance aux antmicrobiens » (RAM). Une journée d’échanges, mais aussi de présentations de résultats de recherches sur ce sujet qui est une menace de santé publique mondiale. La résistance aux antimicrobiens est effet inscrite parmi les dix menaces pour la santé mondiale, selon l’organisation mondiale de la santé.

Dans son discours de circonstance, le professeur Mamadou Aliou Baldé, président de l’académie des Sciences de Guinée, a fait savoir que « ce tueur silencieux menace de nous ramener à une ère pré-antibiotique où les infections les plus banales redeviendraient mortelles. En Guinée et en Afrique subsaharienne, la RAM n’est pas une menace future – c’est une réalité actuelle qui rend inefficaces nos médicaments les plus précieux, aggrave le fardeau des maladies infectieuses, menace notre sécurité alimentaire, pèse lourdement sur notre économie ».
Face à ce défi multidimensionnel, l’académie des Sciences de Guinée et l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry proposent une réponse intégrée « reconnaissant les liens indissociables entre Santé humaine, Santé animale et Environnement », ajoute le professeur Baldé.
Pour éviter que la RAM devienne une épidémie ingérable, le président de l’ASG a fait certaines recommandations clés :
– Aux garants de l’usage rationnel que sont les médecins et pharmaciens :
d’appliquer rigoureusement les protocoles thérapeutiques et de privilégier les diagnostics avant traitement ;
– Aux gardiens de la santé animale que sont les vétérinaires et éleveurs :
d’éviter l’usage non thérapeutique des antibiotiques, d’adopter des pratiques d’élevage responsables et de surveiller les résistances dans la chaîne alimentaire ;
– Aux architectes de cadre réglementaire fort que sont les décideurs politiques :
de renforcez davantage la réglementation et d’investir dans des laboratoires de diagnostic ;
– Aux premiers acteurs de la santé que sont les citoyens, les patients et les consommateurs :
d’éviter l’automédication et exiger des produits alimentaires.

Dans une des présentations, le professeur Abdoulaye Touré du centre de recherche et formation en infectiologie de Guinée (CERFIG), membre correspondant de l’ASG, a révélé que si rien n’est fait, d’ici à 2050, dix millions de décès pourraient être enregistrés dans le monde à cause de la résistance aux antimicrobiens. Selon lui, la RAM tue plus-que le SIDA, le paludisme et la tuberculose réunis. D’où la nécessité d’engager une riposte urgente.
« La résistance aux antimicrobiens est une question brûlante. C’est une question de maintenant et de demain. Les chiffres le montrent avec éloquence. Selon l’Organisation mondiale de la santé, actuellement, on s’attend à plus de 5 millions de décès par an dans le monde et ce chiffre pourrait doubler dans les prochaines années et atteindre 10 millions de décès. Et ces chiffres montrent également que la résistance aux antimicrobiens tue plus que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis. C’est pour vous dire combien de fois c’est une question brûlante », a-t-il révélé.
Il a ensuite ajouté que des équipes travaillent sur le sujet en Guinée, « selon une approche One Health, en prélevant les patients pour savoir les germes qu’ils ont et qui sont résistants aux antibiotiques, en faisant l’écouvillonnage de leur environnement hospitalier à l’hôpital et également en prélevant les eaux usées des égouts du milieu hospitalier et du milieu communautaire. Les proportions sont inquiétantes. Aujourd’hui, nos collègues professionnels de santé à l’hôpital sont obligés de recourir aux molécules les plus chères, qui sont chères mais qui sont aussi inaccessibles. Donc ça peut poser beaucoup de problèmes et ça fera beaucoup de décès. C’est un problème aussi grave que la COVID ou les autres épidémies que vous avez connues », a-t-il prévenu.
Cette résistance aux antimicrobiens tire son origine de plusieurs situations, dont l’utilisation inappropriée des antibiotiques, tant en automédication qu’en prescription inappropriée à l’hôpital.

Le ministre de la santé et de l’hygiène publique a, pour sa part, salué cette initiative de l’Académie des sciences de Guinée qui contribue par cette rencontre à éclairer la décision publique par l’expertise scientifique et à créer des ponts entre la recherche, la pratique médicale et la politique de santé.
« La résistance aux antimicrobiens constitue une menace silencieuse mais croissante, qui fragilise les acquis en santé humaine, animale et environnementale. Les chiffres sont éloquents. Selon l’OMS, si rien n’est fait, la RAM pourrait causer 10 millions de décès par an d’ici 2050. En Afrique, cette crise est exacerbée par l’automédication, la vente libre des antibiotiques et des antimicrobiens, l’insuffisance de diagnostic microbiologique et la faiblesse des systèmes de surveillance. La menace est donc réelle. Elle est là et nous avons le devoir et l’obligation d’y faire face. La lutte contre la RAM est un combat de longue durée et nécessite une réponse coordonnée, urgente et multisectorielle. Dans cette lutte, aux côtés de la direction nationale des laboratoires, de l’institut national de santé publique, l’académie des sciences a un rôle clé à jouer. Nous avons besoin de plateformes de recherche collaborative, de réseaux de laboratoires de microbiologie renforcée et d’un investissement durable dans la science locale, adapté à nos réalités épidémiologiques », a déclaré Dr Oumar Diouhè Sow.
Selon lui, le ministère de la Santé et de l’hygiène publique, à travers la direction nationale des laboratoires, a pris plusieurs initiatives, dont l’élaboration et l’adoption d’un plan d’action national de lutte contre la RAM pour la période 2025-2029, qui a été présenté le 4 juillet 2025, lors de la troisième édition de la Journée nationale de biologie médicale. La lutte contre le trafic de faux médicaments, réduisant ainsi la consommation abusive des antimicrobiens, la révision de la loi pharmaceutique avec un accent particulier sur la prescription et la dispensation des antimicrobiens, surtout des antibiotiques, la révision de tous les algorithmes de prise en charge en tenant compte de la nouvelle écologie microbienne, et tant d’autres.

La résistance aux antimicrobiens coûtera en moyenne 66 milliards de dollars et entre 1,1 et 3,8 % du PIB mondial, si rien n’est fait. Actuellement 700.000 personnes sont touchées par an.
La Guinée se met en ordre de bataille déjà. En plus de ce colloque qui pose le débat, le système de santé dispose de 13 laboratoires répartis à travers le pays pour effectuer la surveillance liée à la RAM, selon Pr Fodé Amara Traoré, Directeur général de l’institut national de santé publique. 15 nouveaux sites seront créés bientôt pour étendre le réseau à 28 sites de surveillance.














