Il faut du courage et de la patience pour atteindre Kakossa, cette sous-préfecture reculée du sud-ouest guinéen, nichée dans la préfecture de Forécariah. À chaque kilomètre parcouru, c’est une aventure qui s’écrit. La route, si l’on peut encore lui donner ce nom, est un véritable calvaire. Un long ruban boueux, sinueux, imprévisible, où chaque creux, chaque virage est un défi pour les véhicules, les motos, les passagers, les esprits. L’eau et la boue se disputent l’espace avec les nids de poule, et la végétation semblent parfois vouloir reprendre ses droits sur ce passage oublié des autorités.
Mais à l’issue de cette traversée chaotique, Kakossa se révèle dans toute sa splendeur. Une plaine immense s’ouvre sous les yeux du voyageur. Les rizières s’étendent à perte de vue, ponctuées de palmiers solitaires et de bosquets luxuriants. La verdure, dense, vivace, respire une sérénité rare. Le silence de la nature, entrecoupé par les chants d’oiseaux et le souffle du vent dans les feuilles, donne à ce lieu des airs de paradis suspendu.

Kakossa, c’est un coin oublié de la République, mais profondément vivant. Ici, le temps semble s’être figé. Pas d’électricité, pas d’eau potable courante, très peu de structures de santé ou d’éducation. Et pourtant, les sourires des enfants éclatent comme des éclairs de lumière dans cet environnement précaire. Pieds nus, vêtements usés, mais yeux brillants, ils courent, jouent, saluent avec une joie pure, une innocence désarmante. Ils sont le visage de cette Guinée profonde, celle qui survit, qui résiste, qui espère sans bruit.
Les adultes, eux, portent leur fierté avec noblesse. Le dos courbé par le labeur, les traits marqués par le temps, mais la tête haute. Chaque jour ici s’apparente à un combat pour la survie, mais aussi une leçon de résilience. Cultiver, pêcher, parcourir des kilomètres pour un seau d’eau, pour un soin, pour un espoir.

À Kakossa, la dignité n’est pas un mot, c’est une manière d’être. C’est dans les gestes des femmes qui lavent au bord des rivières, dans les regards silencieux des habitants de la localité, tout cela avec une dignité qui saute aux yeux du voyageur.
A Kakossa, les demeures, pour la plupart, faites en brique de terre, résistent tant bien que mal sous le poids du temps.
Des modestes habitacles, qui renvoient l’image d’un Kakossa qui résiste encore à l’indifférence.
«Il faut plus que du courage pour y vivre », me dis-je, moi, ce voyageur et son minimum de confort de Conakry.

Et pourtant, Kakossa attend. Elle attend d’être vue, entendue, soutenue. Elle attend que l’État se souvienne de ses citoyens invisibles, de ses terres fertiles, de ses enfants à l’avenir incertain. Elle attend qu’on répare enfin cette route qui l’isole, qu’on y apporte le strict minimum : l’eau, la lumière, la santé.
Kakossa, c’est la beauté crue de la Guinée rurale, à la fois poétique et poignante. Un miroir tendu à la nation tout entière.
Mohamed Béné Barry














