Le président de l’Alliance pour le Renouveau et le Progrès est un leader satisfait de la santé de son parti. Si Mohamed Nabé prépare activement l’ARP à participer aux prochaines échéances électorales, il souhaite cependant l’organisation ne soit pas l’affaire de la seule Direction Générale des Elections (DGE). Dans cette interview qu’il a accordée au Groupe Allure (Allureinfo.net et Allure Mag), l’ancien Directeur général du FONIJ porte un regard critique sur les aspects positifs et négatifs de la transition version CNRD. Lisez !
ALLURE MAG : Vous faites partie de la nouvelle génération d’acteurs politiques guinéens. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Mohamed Nabé : Mohamed Nabé est un guinéen, né au milieu des années 1970 dans la ville minière de Kamsar. J’ai fait le début de ma petite enfance dans cette cité, avant de venir à Conakry, principalement en ville, à Kaloum, dans le quartier de Koulewondi, où j’ai fait mon école primaire, entre l’Ecole primaire du Centre et l’Ecole primaire de la Place des martyrs. Par la suite, j’ai fréquenté successivement le Collège Château d’eau, le Collège Simbaya, et le Lycée Victor Hugo. Dans les années 90, quand j’ai eu le deuxième bac, mes parents m’ont la chance d’aller étudier aux EtatsUnis, précisent à Boston. Sur le plan académique, je suis diplômé ou certifié de quelques meilleures universités et instituts au monde. Il s’agit par exemple de Paris1 Panthéon Sorbonne, Sorbonne business Scholl; London SCHOOL OF ECONOMICS; l’Institut de contrôle de gestion-France ; l’Institut français de Gestion. Je suis aussi titulature de plusieurs diplômes et certificats en finances.
Sur le plan professionnel, je suis entre autres, l’actuel Directeur commercial et Markéting de l’usine de ciment ‘’GI ciments’’ ; premier Directeur général du Fonds national pour l’insertion des jeunes (FONIJ) ; ancien Directeur général de la Société Générale de Banque en Guinée dans la zone minière de Boké-Kamsar.
Quelles motivations vous ont conduit à faire de la politique ?
C’est une très bonne question. Je dirai que c’est un appel patriotique d’abord. Tout Guinéen épris de patriotisme, qui pense qu’il a des compétences, qu’il a une certaine probité morale et l’amour de son pays, se doit de s’engager dans l’arène politique pour apporter sa petite pierre. En effet, on s’engage en politique, parce qu’on a un projet pour son pays. Donc, je pense que je peux apporter ma pierre pour l’édification de notre pays, et j’ai un projet pour la Guinée. C’est ce qui a valu mon engagement dans l’arène politique.
Alors, quelles sont les ambitions de l’APR, votre parti politique ?
Comme vous le savez, on crée un parti politique pour la conquête du pouvoir. C’est évident. Notre ambition ultime, c’est donc de conquérir le pouvoir en Guinée, par les urnes, bien évidemment. Et aujourd’hui, nous avons un projet bien huilé pour le pays. Nous sommes en train d’implanter le parti sur toute l’étendue du territoire national, pour les échéances électorales à venir en République de Guinée.
Justement, quel est le niveau d’implantation de votre parti à l’intérieur et à l’extérieur de la Guinée ?
Je dois dire que nous avons fait un bon très significatif en termes d’implantation de notre parti. En trois ans et demi, aujourd’hui, nous sommes dans 28 sur les 33 préfectures du pays. Donc, il n’y a que 5 préfectures où nous avons eu des problèmes internes au niveau de la fédération. Finalement, ces fédérations ont été dissoutes. Donc, aujourd’hui, nous sommes à plus de 95% d’implantation dans le pays. Nous sommes dans plus de 250 sous-préfectures sur les 375 circonscriptions que compte notre pays. A l’étranger aussi, nous sommes dans 13 pays où sont implantées à peu près 19 fédérations, en Afrique, en Europe et aux États-Unis.
Quel regard portez-vous sur le recensement électoral biométrique ?
Je pense que c’est une très bonne chose. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il y a des défis auxquels les autorités sont confrontées. Elles sont en train de tout mettre en œuvre pour relever ces défis. Je pense qu’il faut les féliciter pour le travail déjà abattu.
Nous avons mené une campagne nationale de sensibilisation de nos militants et fédérations, pour leur dire que le recensement est un acte citoyen.
Le recensement, c’est la façon d’exprimer sa participation à la vie de sa nation. Le recensement est d’abord purement citoyen, avant d’être politique. Nous avons expliqué qu’on ne se fait pas recenser pour un régime, ni pour une autorité du pays, mais pour soi-même. Il est vrai qu’il y a un aspect politique, parce que si tu n’es pas recensé, tu ne peux pas voter. A cet égard, nous avons suffisamment sensibilisé nos militants pour qu’ils aillent se faire recenser. Les responsables du parti et moi-même, on s’est entendu que chacun envoie son récépissé ici, au siège, pour démontrer que tout le monde est recensé. Les autorités du pays sont en train de mettre les bouchées doubles, pour permettre au maximum de personnes de se faire recenser dans tout le pays.
Selon vous, la date du referendum fixée au 21 septembre 2025 est-elle tenable?
Tout dépend de la volonté politique. Aujourd’hui, je pense qu’il y a une volonté politique. Beaucoup d’étapes ont été franchies, parce que l’avant-projet a été rédigé et vulgarisé. Un comité d’experts a été mis en place, et a rendu ses conclusions. Le Conseil National de la Transition a fait une plénière sur ce document des experts, pour apporter des modifications à l’avant-projet. Aujourd’hui, le document se trouve sur la table du président de la République, pour les dernières observations avant la dernière vulgarisation. Et je pense qu’on a suffisamment de temps encore pour que la date prévue du 21 septembre soit tenue.
Je pense que si la volonté politique qui a été exprimée par les autorités continue à prévaloir, le 21 septembre est encore tenable.
Dans la perspective des futures élections, comment réagissez-vous à la création de la Direction Générale des Elections placée sous la tutelle du MATD ?
Je pense qu’au sein de notre parti, l’enjeu principal aujourd’hui, c’est de tout mettre en œuvre pour sortir de cette transition. Comme vous le savez, plus la transition est dure, plus elle s’enlise, et plus les risques politiques augmentent.
Nous sommes à la quatrième année de cette transition.
Il faut tout mettre en œuvre pour éviter qu’il y ait des faits et des gestes de la part de la classe politique qui feront qu’on aille encore vers l’enlisement de cette transition. Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation où il y a un risque de tiraillement encore, parce qu’il faut reconnaître que les autorités tiennent mordicus à ce que l’élection référendaire et les futures élections soient organisées par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. Ce qui n’était pas de l’avis des acteurs politiques comme moi. Mais aujourd’hui, il faut faire un arbitrage, et savoir exactement ce que nous voulons. Est-ce que nous voulons organiser ces élections, et s’assurer que tous les aspects que nous voulons, pour l’organisation d’une élection crédible et transparente, soient réunis avant d’aller aux élections, avec un risque de se retrouver avec une transition de plusieurs années encore ? Ou est-ce qu’il faut essayer de mettre tout en œuvre pour que les aspects importants soient pris en compte ? Il ne s’agit pas de fermer les yeux, mais être indulgents sur certains aspects pour qu’on puisse rapidement sortir de cette transition, et que le pays revienne à une situation constitutionnelle normale, à un régime normal.
Aujourd’hui, la DGE, c’est une direction générale des élections, il faut reconnaître d’abord que ce n’est pas une première. Je veux rappeler qu’il y a trois types d’organes de gestion des élections. L’État peut décider de mettre en place un organe indépendant, comme ce fut le cas avec la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). L’État peut décider de mettre en place un organe mixte avec une CENI et l’implication des organes de l’État. Et l’État peut aussi décider que l’administration publique organise les élections, comme cela se fait dans beaucoup de pays. On a mis en place cette CENI parce qu’il y avait une crise de confiance entre la classe politique et l’État. Malheureusement, il faut reconnaître que la mise en place de la CENI chez nous a connu aussi des problèmes. Il n’y a pas que des aspects positifs. Il y a eu aussi beaucoup de choses peu catholiques dans notre pays. La première fois, il y a eu tellement de tensions à un moment, qu’on était obligés de prendre un expert des questions électorales, un Malien, le Général Toumani Sangaré, qui est venu diriger la CENI chez nous.
Parce que le problème avec ces CENI chez nous, c’est qu’elles sont très politiques. Et les acteurs qui viennent pour y représenter les partis politiques ne viennent pas pour défendre l’intérêt supérieur de la nation. Ils viennent pour défendre l’intérêt des partis qui les ont délégués. Aujourd’hui, nous, c’est notre position pour l’instant, nous disons que la création de la DGE pourrait, je dis bien, je pèse mes mots, pourrait être une bonne chose, mais le processus n’est pas encore adéquat. A l’image du système électoral au Sénégal, la Direction Générale des Elections, avec la tutelle du ministère de l’Intérieur, organise les élections, mais il y a un organe de veille et de supervision au Sénégal qui s’appelle la CENA (la Commission Électorale Nationale Autonome), qui veille sur le processus et les aspects opérationnels, ainsi que sur les aspects techniques et l’organisation pratique de l’élection. En Guinée, on peut faire la même chose, même si cet organe peut avoir un autre nom qui ne soit pas la CENA. Nous plaidons pour la mise en place d’un organe, un observatoire qui va veiller et superviser le processus électoral. Mais, les aspects opérationnels et autres peuvent être gérés par la DGE, pour ne pas qu’on reste encore dans un tiraillement éternel, et qui n’est pas à l’avantage de la classe politique, mais qui sera à l’avantage des autorités de la transition.
Quel regard portez-vous sur la conduite de la transition ?
Il faut reconnaître que, comme toute œuvre humaine , la perfection n’est que divine. Si je vous dis que la conduite de la transition aujourd’hui est parfaite, je vous aurais menti, elle n’est pas parfaite. Elle peut être perfectible. Il y a des aspects positifs et des aspects négatifs. Parmi les aspects positifs, nous saluons l’organisation du procès du 28 septembre 2009, qui a redonné un peu d’espoir aux victimes, bien qu’il y ait eu beaucoup de choses qui ont été dites sur ce procès, mais dans son organisation et sa quintessence, c’est une très bonne chose dans notre pays, parce que cela met un terme à des décennies d’impunité et de crimes d’État, qui ont été commis dans ce pays.
Il faut aussi reconnaître aujourd’hui que la création de la CRIEF, même s’il y a des choses à redire par rapport à cette cour, puisqu’il il y a des choses qu’on peut corriger, mais sa mise en place en tant qu’instrument, pas de répression, mais de dissuasion en termes de gestion des deniers publics, peut être une bonne chose. Parce qu’il faut reconnaître que dans le secteur privé, on commence à changer de perception face à la chose publique. On commence à sentir ce changement. La mentalité des cadres de l’administration publique face à la chose publique commence à changer, ce sont de bonnes choses.
Mais sur le plan politique, je pense que l’État doit faire un effort pour que la justice, comme ils l’ont dit, soit réellement la boussole. Nous, au niveau de notre parti, nous avons toujours dit que les personnes qui ont disparu, l’État a la responsabilité de tout mettre en œuvre, pour que les populations et leurs familles puissent savoir où elles sont aujourd’hui. Parce que la fonction régalienne d’un État, c’est la défense de l’intégrité territoriale, et la défense de l’intégrité physique des populations, la protection des biens et des personnes. L’État a la responsabilité de faire en sorte qu’on puisse avoir des informations, tout mettre en œuvre pour que ces gens qui ont disparu puissent être retrouvés, et donner le sourire aux familles. Il faut donc que ce genre d’agissements cesse dans notre pays. Mais, il faut reconnaître aussi que les personnes qui sont en prison aujourd’hui ont géré notre pays. Notre position est très claire. Nous ne voulons pas encourager l’impunité, nous voulons que ces personnes soient jugées. Ceux qui sont coupables, qu’ils puissent répondre de leurs forfaitures. Par contre, les personnes qui ont occupé de hautes fonctions dans un État n’ont pas leur place en prison. On peut les mettre en résidence surveillée ou dans un hôtel surveillé. Moi, je ne veux pas que les anciens dignitaires du régime d’Alpha, et tous ceux qui ont incarné une certaine responsabilité, une haute responsabilité dans un pays, se retrouvent dans les mêmes prisons que les personnes ordinaires.
Par contre, s’ils ont fauté, je veux qu’ils soient jugés et sanctionnés. En attendant que le jugement ne soit définitif, on peut les garder chez eux, en résidence surveillée.
L’État peut réquisitionner une maison ou un hôtel, à l’image de ce qui a été fait au Royaume-Uni ou en Arabie Saoudite, pour que ces personnes puissent, quand même, être détenues dans la dignité.
Alluremag N°002 – Juillet 2005














