À Lambanyi Wombé, un quartier de la haute banlieue de Conakry, le processus de distribution des cartes d’électeurs est bel et bien en cours. Dans une atmosphère à la fois tendue et déterminée, les citoyens affluent pour retirer ce précieux document en vue des prochaines échéances électorales.
Dans l’enceinte d’un bâtiment, le dispositif est organisé en trois étapes : une première équipe détient les listes nominatives, une deuxième est chargée de la remise des cartes, et une troisième supervise l’émargement final, installé sur la terrasse. Une chaîne bien huilée en apparence, mais qui peine à répondre à l’affluence et aux frustrations croissantes.
Parmi les citoyens présents, Abou Bangoura, visiblement soulagée, sort ,sa carte à la main: « Enfin, j’ai ma carte. Hier, je suis venue vers 16 heures, il y avait trop de monde, je n’ai pas pu passer. Aujourd’hui, j’ai tout abandonné pour revenir. Allahamdoulillah, c’est fait, je suis très content », sourire aux lèvres.

Mais à quelques pas de là, l’ambiance est toute autre. Oumou Koultoumy Barry, assise à l’ombre d’un manguier depuis 11 heures, fulmine: « Ce que je déteste dans ce pays, c’est le favoritisme. Je suis ici depuis ce matin, je fais la queue comme tout le monde, mais certains sont appelés à distance, parce qu’ils sont les frères ou cousins de tel ou tel responsable. Et nous alors ? Nous avons les mêmes droits ! Je vais attendre jusqu’à 14 heures. Si je n’ai pas ma carte, je rentrerai. Mon enfant est seul à la maison avec sa sœur. Je reviendrai le week-end. La carte d’électeur n’est pas seulement utile pour voter, elle sert aussi dans d’autres démarches », déplore-t-elle avec colère.
Sur la terrasse, un jeune homme d’une trentaine d’années, habillé d’un tee-shirt blanc et portant une casquette assortie, s’affaire autour des listes. Approché par notre reporter pour obtenir des précisions, il refuse de se prononcer sans justification officielle : « Où est votre ordre de mission ? Sans ça, je ne peux pas vous laisser consulter les listes pour connaître le nombre d’inscrits ou de cartes déjà retirées. Votre simple carte de presse ne suffit pas, monsieur », lance-t-il, cigarette aux lèvres, les yeux rougis, avant de s’éloigner sans plus de commentaires.
Dans ce quartier de Lambanyi Wombé, la distribution des cartes d’électeurs se déroule. Si certains citoyens repartent avec satisfaction, d’autres dénoncent des pratiques frustantes.
Amadou Diallo














