Déjà médaillée d’or en saut en hauteur aux derniers Jeux de la Francophonie, Fatoumata Balley est considérée comme l’une des plus grandes chances de médaille olympique pour la Guinée. Récemment engagée aux Championnats du monde d’athlétisme à Tokyo, la sauteuse a surpris et a déjoué tous les pronostics du concours.
Fatoumata Balley a été finaliste du saut en hauteur féminin du championnat mondial dans la grande cité niponne.
Elle a représenté avec honneur et dignité la Guinée, terminant à la 12ème place mondiale, occupant la 3ème place africaine dans sa discipline.
Dans une réaction pleine d’émotion, Fatoumata Balley confiait ceci après les championnats du monde :
« Je suis arrivée 33ème qualifiée au Next Best, je repars 12ème de la finale. Et grâce à ça, mon pays entre dans l’histoire : une première finale mondiale en athlétisme. »
L’athlète est aussi revenue sur le sens profond de son parcours :
« Petite, je me demandais souvent : pourquoi ai-je été arrachée à mon pays ? Aujourd’hui, j’ai ma réponse : pour pouvoir en écrire l’histoire.»
Pour Fatoumata Balley, cette compétition restera inoubliable :
« Ces premiers mondiaux seront gravés à jamais dans mon cœur. J’ai tout gagné. Merci pour tout votre soutien, vous m’avez portée jusque-là », a-t-elle déclaré, reconnaissante.
Afin de soutenir son ambition et de l’accompagner dans l’amélioration continue de ses performances, en vue notamment de la qualification pour les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, le comité national olympique et sportif guinéen (CNOSG) lui a octroyé une Bourse de la Solidarité Olympique.
Cette bourse, octroyée dans le cadre du programme du Comité International Olympique (CIO), constitue un appui déterminant pour renforcer sa préparation technique, physique et mentale.
Un aide qu’elle a d’ailleurs saluée sur ses canaux de communication.
Bien avant les championnats du monde de Tokyo, elle s’était confiée à Allure Info, évoquant ses ambitions, ses objectifs, mais aussi les difficultés auxquelles elle fait face dans sa carrière d’athlète de haut niveau.
Allure Info : Présentez-vous Fatoumata, parlez-nous de vos origines.
Fatoumata Balley : Bonjour ! Je m’appelle Fatoumata Balley, j’ai 27 ans, je suis d’origine guinéenne et béninoise. Je suis née en Guinée, ma maman est guinéenne et mon papa est béninois. Je réside en France depuis l’âge de 2 ans et je suis athlète de haut niveau pour la Guinée à l’international, spécialisée en saut en hauteur.
Vous auriez pu concourir pour la France. Pourquoi avoir choisi la Guinée et comment la connexion s’est faite avec les décideurs ?
Effectivement, j’aurais pu représenter la France. Mais, j’ai choisi la Guinée parce que c’était vraiment un choix du cœur. Petite, j’ai eu un grave accident et j’ai dû quitter le pays pour être opérée en France. J’ai été arrachée à ma famille et à mes origines. Représenter la Guinée, c’était une façon de montrer à ma famille et à mon peuple que je ne les avais pas oubliés.
À l’époque, je n’avais pas le niveau pour représenter la France. Puis, en consultant World Athletics, j’ai vu que j’étais enregistrée comme guinéenne. J’ai alors passé des heures à chercher des contacts de la Fédération, jusqu’à réussir à établir le lien.
Avec du recul, vous n’avez aucun regret pour ce choix ?
Je ne dirais pas que j’ai des regrets, mais parfois je m’interroge. J’ai un record à 1m88, une performance qui peut intéresser n’importe quel pays. J’ai encore un ou deux Jeux olympiques devant moi, mais il faut reconnaître que mes relations avec la Fédération et le Comité national olympique sont compliquées. Pour le choix du cœur, aucun regret. Mais sur le plan de la carrière, j’ai des doutes.
Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui pour donner davantage à la Guinée ?
Clairement, plus d’investissement. Je porte toujours le maillot de la Guinée dans les compétitions, mais j’ai besoin de soutien financier. L’athlétisme est un métier à plein temps. Pourtant, je n’ai pas les moyens qui correspondent à mon niveau, alors que je fais partie des meilleures athlètes guinéennes.
Vous avez été médaillée d’or aux Jeux de la Francophonie. On vous attendait aux Jeux olympiques de Paris, que s’est-il passé ?
– J’ai plusieurs médailles : or aux Jeux de la Francophonie, argent aux Jeux africains et bronze aux Championnats d’Afrique. Mais pour Paris, il m’a manqué des performances au bon moment. J’aurais aimé voyager avec ma coach, car le saut en hauteur est très technique. Sans elle, c’est difficile.
Aux Jeux africains, si j’avais franchi 1m87 ou 1m88, j’aurais pu obtenir les points nécessaires. Mais il faut financer les billets, l’hébergement… Ce soutien m’a manqué. En plus, j’ai vécu une saison compliquée, avec du stress, des soucis personnels, et même une dépression sans le soutien nécessaire. Tout cela a pesé lourd dans ma non-qualification.
Où vous situez-vous par rapport aux autres athlètes africains ?
– Je fais partie des meilleures. Depuis que je représente la Guinée, j’ai toujours été sur le podium. On peut me situer dans le top 5, voire le top 3 africain en saut en hauteur.
Où et avec qui vous entraînez-vous en France ?
– Je m’entraîne avec Irina Lancheck, une ancienne sauteuse en hauteur. L’hiver, je m’entraîne dans la salle de Pantin, l’été ça dépend, souvent au Stade de Saint-Denis. Mes semaines comptent quatre séances : deux techniques, deux de musculation, plus la récupération, l’ostéopathie, la kinésithérapie, le repos et la nutrition. C’est bien plus qu’un 35 heures : c’est un vrai engagement quotidien.
En dehors du saut en hauteur, avez-vous essayé d’autres disciplines ?
Oui, j’ai testé plusieurs épreuves, notamment le lancer, mais j’ai très vite su que le saut en hauteur était ma discipline. Elle correspondait à mon profil et m’a permis de performer malgré mes problèmes de santé. J’ai parfois fait un peu de sprint ou de saut en longueur, mais mon focus reste le saut en hauteur.
Comment situez-vous aujourd’hui l’athlétisme guinéen ?
Honnêtement, pas très haut. Il y a énormément de talents en Guinée, mais peu de moyens sont mis en place. C’est décourageant. Beaucoup d’athlètes finissent par choisir d’autres pays. On se bat pour la Guinée, mais on n’a pas grand-chose en retour.
Moi, avec toutes mes médailles, je ne sais même pas si j’ai touché 5 000 € au total. Ce n’est pas une question d’argent, mais de reconnaissance. Quand d’autres pays proposent de meilleures conditions, c’est dur de résister. Et j’ai l’impression que la Guinée, ses institutions, ses décideurs, ne comprennent pas cet enjeu.
Qu’est-ce qu’il vous faudrait immédiatement pour performer ?
Des moyens financiers. Aujourd’hui, j’ai décidé de me consacrer totalement à l’athlétisme. Mais, je n’ai pas de soutien suffisant. Mon objectif est de participer aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028 et d’y décrocher une médaille. En athlétisme, et encore plus en saut en hauteur, la Guinée n’a jamais eu de médaille olympique.
Pourtant, je fais partie des rares athlètes guinéens capables d’y prétendre. Mais, je ne bénéficie pas de la bourse olympique, ce qui est un vrai scandale. Je fais beaucoup de sacrifices pour représenter la Guinée, mais au lieu d’être soutenue, on me met des bâtons dans les roues. J’ai besoin de sponsors, de partenariats avec des entreprises guinéennes, pour alléger mes difficultés financières et me concentrer sur mon sport.
Quels sont vos prochains objectifs ?
À court terme, battre mon record de 1m88 et dépasser celui de ma coach qui est à 1m92. Avec ma progression, je sais que je peux atteindre ce niveau. À long terme, mon objectif est clair : décrocher une médaille olympique. J’ai 27 ans, dans quatre ans j’en aurai 31, l’âge de la maturité sportive.
Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?
Qu’on me souhaite d’être épanouie, dans ma vie, dans mon sport, et de réussir à faire briller la Guinée qui a tellement de richesses à offrir. Et surtout, d’atteindre mes objectifs les plus ambitieux.
Interview accordée à Mohamed Béné Barry














