À moins d’une semaine de la reprise des cours, parents d’élèves et commerçants se croisent dans une atmosphère à la fois fébrile et pesante, rythmée par la flambée des prix des fournitures scolaires.
Première escale, Cosa. Aux abords des rails, le commerce informel bat son plein. Sur des étals improvisés ou dans les bras des vendeuses, les fournitures scolaires s’étalent en vrac, comme pour rappeler à tous que la rentrée scolaire approche à grands pas.

Pourtant, les clients se font rares: « Depuis 7 heures je suis là, mais jusqu’à maintenant je n’ai rien vendu », confie Mariama Tountouroun Bah, vendeuse de sacs. « Le sac pour les enfants, le gros, c’est à 170.000 francs guinéens, le petit à 150.000 FG. Ces tenues prêtes à porter, c’est 120.000 FG l’unité, mais si vous en prenez deux ou trois, je peux les céder à 100.000 FG chacune », énumère-t-elle d’une voix lasse.
À cinq minutes de là, au marché de Koloma, les allées étroites s’engorgent de familles venues faire leurs emplettes. Même décor, même galère. Entre des bâtiments serrés, les stands de fournitures se succèdent, et les négociations vont bon train.

M’mody Karanké Sow, père de cinq enfants, tente de tirer son épingle du jeu. Devant une boutique, il échange avec le commerçant sur le prix des tenues. « Le mètre de kaki, c’est 20.000 FG. Si vous voulez une tenue déjà cousue, je peux faire à 98.000 FG par personne », lance le vendeur sans grande conviction.
Direction ensuite Matoto, où le constat est identique. Les fournitures scolaires se vendent au compte-goutte, malgré une offre diversifiée. Chez Thierno Mamoudou, les prix varient selon la provenance et la qualité: « Ici, chaque sac a son prix. Il y en a pour enfants et pour adultes. Les sacs pour la maternelle, c’est entre 100 et 150.000 FG. Pour le primaire et le collège, ça peut monter jusqu’à 250.000 FG. Certains viennent de Chine, d’autres de Dubaï, donc forcément, les tarifs diffèrent. Mais avec la conjoncture actuelle, les clients sont rares. Ce samedi, je n’ai même pas vendu trois sacs », nous confie-t-il, visiblement préoccupé.

Sur les marchés d’Entag et de Sonfonia, l’affluence est palpable, mais les achats se font avec parcimonie. Oury Bailo, père de quatre enfants, arpente les couloirs encombrés de cahiers, crayons et autres fournitures: « J’ai demandé le prix des cahiers de 100 pages. Après cinq boutiques, c’est partout 2.500 FG à l’unité, soit 25.000 FG le paquet. Les cahiers de 200 pages sont à 5.000 FG l’unité, 50.000 FG le paquet. Je ne peux pas tout acheter aujourd’hui », déclare-t-il avec un sourire résigné.

Mais au-delà du coût des fournitures, c’est bien celui de la scolarité qui préoccupe le plus certains parents. Madame Bangoura Salematou Touré, rencontrée au marché de Lambanyi, en sait quelque chose. Mère de sept enfants, elle peine à faire face aux dépenses: « Ce qui m’inquiète maintenant, ce n’est même pas les fournitures, mais les frais de scolarité. Nous sommes obligés de les inscrire dans le privé. Pour les deux premiers enfants, ce n’est pas moins de 2.230.000 FG l’année, sans compter l’inscription à 100.000 FG et la réinscription à 80.000 FG. Les deux qui sont en terminale, c’est 2.502.000 FG chacun. Et ça, c’est sans parler du ticket de bus, des maillots, et d’autres dépenses. Je ne peux pas tout vous dire. Tenez, allez lire leur fiche. Je suis fatiguée », lâche-t-elle, la voix brisée, avant de s’éloigner, tête baissée.

À l’approche du 6 octobre, les rues de Conakry vibrent déjà au rythme de la rentrée. Mais derrière les sacs flambant neufs et les cahiers bien alignés, se cache une réalité bien plus amère. Celle de familles à bout de souffle, qui jonglent entre obligations scolaires et survie quotidienne. Car pour beaucoup, envoyer un enfant à l’école, en 2025, relève plus du sacrifice que d’un simple devoir parental.
Amadou Diallo














