La capitale guinéenne devient, du 21 au 23 octobre, l’épicentre des réflexions et des engagements en faveur des droits sexuels et reproductifs en Afrique francophone. Sous le haut patronage du ministère de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, la 3e édition du Dialogue pour l’Autonomie et la Santé Autonomique en Afrique Francophone (DASAF) a été officiellement lancée ce mardi 21 octobre 2025, par la ministre Charlotte Daffé.
Organisé conjointement avec le Centre ODAS (Soutien stratégique au mouvement pour la santé et l’autonomie corporelle), cet événement rassemble des acteurs gouvernementaux, des membres de la société civile, des experts de santé, des partenaires techniques et financiers autour d’un enjeu majeur : garantir aux femmes et aux filles un accès équitable, sûr et respectueux aux soins de santé reproductive.
Dans son discours inaugural, la ministre de la promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, Charlotte Daffé a souligné le caractère crucial de ce dialogue, à une période charnière pour l’autonomie corporelle des femmes. « Le 3e DASAF intervient à un tournant critique. Il vise à évaluer les avancées, analyser les défis, valoriser les expériences locales et bâtir des alliances durables », a-t-elle déclaré.
L’événement met l’accent sur plusieurs axes : le renforcement du leadership africain, la mise en œuvre du Protocole de Maputo, la collaboration multisectorielle, et la valorisation d’un écosystème féministe et durable pour la santé reproductive.
La ministre a réaffirmé l’engagement de la Guinée à promouvoir la santé maternelle, prévenir les grossesses précoces, lutter contre les avortements à risque et protéger la dignité des femmes et des filles. Elle a rappelé que la législation nationale, notamment à travers le Code pénal et la récente Constitution adoptée le 21 septembre 2025, encadre strictement l’interruption volontaire de grossesse, tout en respectant les dispositions du Protocole de Maputo.
En Guinée, l’avortement médicalisé est autorisé uniquement dans des cas bien définis : viol, inceste, mise en danger de la vie ou de la santé mentale et physique de la mère ou du fœtus.
Prenant la parole à son tour, la directrice du Centre ODAS, Kadiatou Sow, a salué le soutien du gouvernement guinéen et a insisté sur l’urgence d’agir face aux chiffres alarmants liés aux avortements non sécurisés en Afrique subsaharienne.
Selon les données de l’Institut Guttmacher, 15,4 millions d’avortements ont été pratiqués dans la région en 2019, dont 77 % dans des conditions dangereuses. Chaque année, plus de 1,7 mmillions de femmes sont hospitalisées pour complications, et environ 16 000 perdent la vie. Les jeunes femmes de moins de 25 ans représentent près de 60 % des cas.
« Ce sont des vies fauchées, des familles brisées, des destins abandonnés dans la peur et la stigmatisation », a déploré Mme Sow. Elle a rappelé que les outils juridiques existent, mais nécessitent une volonté politique et une mobilisation collective pour une réelle mise en œuvre.
La tenue du DASAF à Conakry est aussi une reconnaissance du rôle de la Guinée en tant qu’acteur progressiste dans la défense des droits des femmes. Le pays aligne progressivement ses politiques sur les normes internationales, en matière d’égalité des sexes et d’accès à la santé.
« Nous croyons en la responsabilité partagée», a insisté la ministre Charlotte Daffé, appelant les partenaires à renforcer leur appui aux initiatives communautaires et éducatives pour sauver des vies et réduire les inégalités.
Alors que les discussions se poursuivent pendant trois jours, les attentes sont grandes. L’objectif est clair : faire émerger des solutions concrètes, innovantes et transformatrices, à la hauteur des défis sanitaires, sociaux et culturels que rencontrent les femmes et les filles en Afrique francophone.
Aboubacar Sidiki Camara














