Le congrès électif de la Fédération Guinéenne de Taekwondo, censé marquer un nouveau départ pour la discipline, s’est transformé, ce 29 novembre 2025, à l’hôtel Noom, en une scène de tensions, d’irrégularités et de frustrations.
Un dispositif sécuritaire dissuasif se retrouvait à l’entrée de l’hôtel.
Plusieurs acteurs majeurs du Taekwondo guinéen se trouvant devant le réceptif hôtelier dénoncent un processus biaisé, opaque et contraire aux textes qui régissent la fédération.
Le colonel Mamadou Aliou Diallo, candidat à la présidence de la fédération, raconte :
« Un congrès électif était prévu sur deux jours. Le premier devait permettre au bureau sortant de présenter le bilan et le compte-rendu financier, et à la commission électorale indépendante de présenter les candidatures. Mais lorsque nous sommes arrivés, personne n’était présent. Nous avons attendu jusqu’à 13 heures, et cette première journée a été abandonnée. »
Il poursuit : « Aujourd’hui, la journée était consacrée à l’élection. Mais des badges avaient été confectionnés uniquement pour certains. Des représentants venus de N’zérékoré, Siguiri, Kankan, Fria et d’autres localités n’ont pas pu voter. Moi-même, je n’avais pas de badge. Après plusieurs tractations, un représentant du ministère des Sports m’en a finalement donné un. Quand je suis entré, l’élection était déjà terminée et le nouveau bureau proclamé. »
Pour le colonel Diallo, cette situation est « anormale, honteuse pour le Taekwondo guinéen et constitue une véritable déception. Le Taekwondo est une famille : celui qui est censé voter doit pouvoir voter. Le bureau sortant, qui aurait dû démissionner, a continué à tout organiser et à donner les directives. »
De son côté, Souleymane Bakayoko, ceinture noire 2ᵉ dan et propriétaire du club « Force Tranquille » à N’Zérékoré, dénonce également les irrégularités :
« La fédération a tenté de nous mettre dos à dos avec les maîtres locaux, alors que nous sommes le groupe du ‘vieux maître’ de Corée, enseignant depuis 1999. Nous payons nos cotisations régulièrement et avons une dizaine de clubs. Ils ont organisé leur congrès sans nous prévenir, et ce n’est que deux jours avant que nous l’avons appris. »
Il ajoute : « Pour gonfler leur effectif électoral, ils ont promu des ceintures noires 1ᵉ dan en 2ᵉ dan et délivré des autorisations d’ouverture de salles à des personnes qui n’avaient pas la qualification nécessaire. Nous sommes venus voter pour le colonel Aliou, dont la vision peut développer le taekwondo à l’échelle nationale et internationale, notamment dans les commissariats et gendarmeries. »
Enfin, Ibrahim Diallo, juge de la fédération et fondateur du club Ironel, relève les violations des statuts :
« Les candidats n’ont eu que trois jours pour déposer leurs dossiers au lieu de 30, et le délai de réclamation a été réduit à zéro. La commission électorale soi-disant indépendante était composée uniquement de leurs favoris. Des postes ont été présentés alors qu’ils n’existent pas dans les statuts, et nos représentants ont été empêchés d’entrer par la police et la gendarmerie. »
Ibrahim Diallo va plus loin : « Aujourd’hui, nous passons à la vitesse supérieure. Nous installons une nouvelle fédération guinéenne de taekwondo, une fédération parallèle. Qu’ils développent leur structure s’ils le souhaitent, mais s’ils choisissent la division, nous irons jusqu’au bout. »
Le mandat de la Fédération Guinéenne de Taekwondo avait expiré en juin 2025. Depuis, aucune assemblée générale n’a été organisée pour constater la fin du mandat et décider d’une éventuelle prolongation. La crise s’enlise et le taekwondo guinéen attend désormais l’intervention du ministère des Sports, du Comité National Olympique et Sportif Guinéen, ainsi que de l’instance internationale pour rétablir l’ordre et garantir la transparence des élections.
Mohamed Béné Barry














