Les accidents de la circulation continuent de semer le deuil à Conakry comme à l’intérieur du pays. Une situation alarmante qui suscite de vives inquiétudes au sein de la société civile.
Joint au téléphone par notre rédaction, l’ancien président de l’Institution nationale indépendante des droits humains (INIDH), Dr Mamady Kaba, a déploré la persistance et la recrudescence des accidents de la route en Guinée.
Pour le président de la Ligue pour les droits et la démocratie en Afrique (LIDA), il s’agit d’une responsabilité partagée: « La recrudescence de ce phénomène est due à plusieurs facteurs. Le plus important est l’incivisme des conducteurs, dont la plupart n’ont jamais fréquenté une auto-école. Ils ignorent le code de la route. Ils se limitent à savoir démarrer un véhicule, faire marche arrière, tourner ou s’arrêter, sans maîtriser les règles essentielles de la circulation », a-t-il expliqué.
À cela s’ajoute, selon lui, une indiscipline généralisée sur les routes: « Les conducteurs ne sont pas sensibilisés au respect d’autrui. Chacun veut aller plus vite que les autres, tout le monde est pressé. La notion de priorité est largement méconnue, ce qui occasionne de nombreux accidents », a-t-il poursuivi.
Dr Mamady Kaba évoque également la défaillance mécanique de nombreux engins: « Les conducteurs ne prennent pas le temps de contrôler l’état de leurs véhicules ou de leurs motos. Ils négligent l’entretien et les mises à jour nécessaires. L’état des routes est aussi un facteur qu’il ne faut pas occulter », a-t-il ajouté.
L’activiste des droits humains estime par ailleurs que l’État porte une part importante de responsabilité: « Il revient à l’État d’éduquer les citoyens et de veiller au respect des règles de bonne conduite dans la circulation », a-t-il rappelé.
Pour réduire significativement les risques d’accidents de la route, Dr Mamady Kaba formule plusieurs recommandations:« En cas de dérives, l’État, à travers la police, doit sanctionner sévèrement les auteurs d’accidents graves. Il est également impératif de redorer l’image de la police routière en investissant davantage dans cette corporation, en augmentant les effectifs, en les équipant correctement et en renforçant leur formation », a-t-il suggéré.
Il insiste enfin sur la nécessité d’imposer des formations obligatoires aux conducteurs et un contrôle technique régulier des véhicules et des motos. Selon les chiffres officiels, l’année 2024 a été marquée par une véritable hécatombe, avec près de 8 000 morts, d’après le ministère des Transports. En 2025, plus de 1 200 accidents et 165 décès ont déjà été recensés au cours du premier semestre (janvier-juin), selon l’Agence guinéenne de la sécurité routière (AGUISER).
Marliatou Sall














