À Conakry, l’opération de déguerpissement engagée par les autorités continue de susciter de vives réactions. Présentée comme une mesure d’application de la loi visant à libérer les voies publiques, elle soulève toutefois des interrogations sur sa portée juridique et sur la nécessité d’une réflexion plus globale autour de l’aménagement urbain.
La voie publique, en tant que composante du domaine routier de l’État, bénéficie d’une protection juridique stricte. Trottoirs, accotements et espaces attenants ne peuvent faire l’objet d’occupations anarchiques sans enfreindre les dispositions prévues par la loi.
Le juriste Kalil Camara, interrogé ce mercredi 18 février 2026, rappelle que certains comportements observés sur la voie publique peuvent effectivement tomber sous le coup de la réglementation. Il cite notamment l’article 25 du code de la route, qui réprime les actes visant à obstruer ou gêner la circulation.
« Quiconque met des objets ou emploie des moyens dans l’intention d’empêcher la circulation, et que ce comportement gêne ou entrave la circulation, peut être condamné », précise-t-il.
Cependant, l’homme de droit souligne un point essentiel : l’infraction suppose un caractère intentionnel. Or, dans le cas des femmes actuellement concernées par le déguerpissement, l’intention d’entraver la circulation ne semble pas clairement établie. Cette nuance juridique ouvre un débat plus large sur la manière d’appréhender ces occupations.
Au-delà de la question légale, l’opération met en lumière les failles de l’organisation urbaine. Pour Alpha Oumar Diallo, architecte urbaniste, l’occupation spontanée et désorganisée du domaine public est avant tout le symptôme d’un manque de planification.
Selon lui, cette situation doit servir d’opportunité pour repenser les méthodes d’aménagement. Il appelle à intégrer les réalités coutumières, économiques et sociales dans les processus de transformation et de modernisation des villes.
« Le moment est venu d’engager une dynamique méthodique de transformation et de modernisation de nos villes », estime-t-il, plaidant pour des opérations urbaines conduites par des spécialistes afin d’éviter la dégradation progressive de l’environnement naturel et la privation du bien-être des populations.
Pour les experts interrogés, la question dépasse le simple cadre des infractions liées à l’occupation des trottoirs. Elle interroge le modèle même de développement urbain à Conakry.
L’enjeu, selon l’urbaniste, est de transformer les agglomérations en villes organisées, capables d’anticiper les besoins des habitants et de réduire les conflits récurrents autour de l’espace public.
Entre impératif légal et exigence sociale, le déguerpissement en cours apparaît ainsi comme un révélateur des défis structurels auxquels fait face la capitale guinéenne. Un débat qui, loin de s’éteindre, pourrait ouvrir la voie à une réflexion plus profonde sur l’avenir urbain de Conakry.
Aboubacar Sidiki Camara
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