Dans le cadre du second volet du procès des massacres du 28 septembre 2009, qui va se poursuivre la semaine prochaine, précisément le 23 février 2026, les parties civiles se succèdent à la barre du tribunal criminel délocalisé. Dans la journée du 17 février, cinq témoins se sont relayés.
Ce volet concerne le colonel Bienvenu Lamah, poursuivi pour complicité d’assassinat, meurtre, coups et blessures volontaires, viol et violences. Chaque victime cherche à retracer le film qu’elle a vécu au stade du 28 septembre, situé à Dixinn.
Au cours de l’audience, Alseny Diallo, un des témoins de l’événement douloureux, a donné sa version des faits. Dans son témoignage teinté d’émotion, il a parlé de tirs à balles réelles qui ont provoqué panique et terreur du côté des manifestants: « À peine avons-nous franchi le grand portail que des tirs ont retenti derrière nous. En me retournant, j’ai vu des gens s’écrouler, fauchés par des balles réelles. Dans la panique, nous nous sommes retrouvés coincés derrière un conteneur, encerclés par trois gendarmes qui nous ont intimé l’ordre de ne plus bouger, sous peine d’être abattus », a-t-il relaté.
Poursuivant, il confie que certains d’entre eux ont tenté de fuir malgré les difficultés: « Une fille qui a bougé juste avant moi a reçu une balle dans le pied. Dans la bousculade, je suis tombé sur elle. C’est là que les trois gendarmes m’ont rattrapé. Ils m’ont roué de coups de matraque et j’en porte encore la cicatrice aujourd’hui. L’un d’eux m’a saisi par derrière, m’a traité d’imbécile et m’a jeté au sol d’un coup de pied en me disant de partir.
À côté de moi, un vieil homme barbu essayait de réciter le verset Ayat al-Kursi, mais il avait tellement peur qu’il en perdait ses mots. L’affluence était telle qu’il n’y avait aucune issue. Dans le chaos, une vieille dame est tombée entre les gradins, la foule lui a marché dessus, et j’ai moi-même été contraint de passer sur elle pour avancer.
Dans ce couloir, j’ai vu des militaires traîner une femme nue tout en la frappant avec des planches de bois vers une destination inconnue », a-t-il expliqué.
Parlant plus loin des fils électriques qui piégeaient les escaladeurs, il a précisé que la souffrance était « immense », entre la peur de se faire attraper, de se faire tirer dessus, de se blesser ou de se faire tuer.
« Le premier groupe qui a tenté d’escalader le mur est tombé sur le toit d’une maison adjacente qui s’est effondré. Ils se sont retrouvés piégés à l’intérieur. De notre côté, nous avons tenté de grimper sur une branche d’arbre, mais elle a cédé. Ce qui m’a le plus terrifié, ce sont les fils électriques de haute tension qui pendaient et électrocutaient les gens, ainsi que les tirs qui nous visaient dès que nous tentions d’escalader le mur », a-t-il raconté.
Rappelant que même en dehors du stade, les manifestants n’étaient pas épargnés par les violences, il a ajouté que des bérets rouges les forçaient à courir sur de longues distances. Ce n’est qu’à 13 heures qu’il s’est retrouvé dans une concession.
Il a également souligné: « Mon Lacoste était imbibé de sang et je souffrais de multiples blessures. Mon inquiétude grandissait pour mon petit frère, qui était aussi au stade. Je l’ai appelé sans relâche jusqu’à 16 heures, sans réponse. »
Marliatou Sall














