À moins d’une semaine de la célébration de l’Aïd-El-Kébir, plus connue sous le nom de Tabaski, l’effervescence gagne les principaux marchés à bétail de Conakry. Entre forte affluence, hausse généralisée des prix et inquiétudes des acheteurs comme des vendeurs, l’ambiance reste tendue dans plusieurs points de vente de la capitale.
Ce vendredi 22 mai 2026, notre rédaction a parcouru plusieurs parcs à bétail de Conakry, notamment à Sonfonia, Yembéya, Kamélia et la Tannerie. Partout, le même constat : des marchés bondés, des animaux venus parfois de très loin, mais des prix qui grimpent fortement par rapport à l’année dernière.
À Yembéya, les animaux proviennent essentiellement de l’intérieur du pays, mais aussi du Mali voisin. Malgré l’abondance relative du cheptel, les prix affichés refroidissent de nombreux clients.

Les vaches se négocient entre 6 et 10 millions de francs guinéens. Quant aux moutons maliens, particulièrement recherchés pour leur taille et leur qualité, ils se vendent entre 2 700 000 et 6 000 000 GNF. Les moutons locaux restent légèrement plus accessibles, avec des prix variant entre 1 500 000 et 3 000 000 GNF.
Pour les vendeurs, cette flambée des prix s’explique principalement par les difficultés d’approvisionnement liées à la situation au Mali. Moustapha Bah, commerçant de bétail rencontré sur place, témoigne : « La guerre au Mali a tout bouleversé. J’ai investi plusieurs millions de francs guinéens pour importer du bétail. Là-bas, les prix sont déjà très élevés. À cela s’ajoutent les coûts du transport et la surenchère sur les marchés. » Selon plusieurs vendeurs, les dépenses liées au transport, à la sécurité et aux taxes informelles pèsent lourdement sur le coût final des animaux.
Du côté des clients, la frustration est palpable. Beaucoup dénoncent des prix devenus difficiles à supporter, même pour accomplir un devoir religieux. Mamoudou Touré, venu acheter une chèvre pour la fête, affirme avoir déboursé 3 000 000 GNF pour une bête qu’il estime moins chère l’année précédente:

« L’année dernière, un animal de cette taille coûtait environ 2 500 000 francs guinéens. Aujourd’hui, les prix sont excessifs. Pourtant, c’est une obligation religieuse. »
Il appelle également les autorités à soutenir davantage les éleveurs locaux: « Les éleveurs guinéens sont souvent victimes de vols et manquent d’accompagnement. Chaque Guinéen devrait pouvoir s’offrir un bélier pour la Tabaski. »
Sous les hangars improvisés ou le long des routes, de nombreux commerçants attendent les clients avec inquiétude. Malgré la foule observée dans les marchés, les ventes restent timides. À Sonfonia, Fodéba Kanté, vendeur de moutons, explique que les coûts d’achat au Mali ont fortement augmenté cette année: « Le mouton coûte beaucoup plus cher qu’en 2024 ou 2025. Nous sommes obligés d’acheter à ces prix pour revendre ici. Aujourd’hui, les moutons se vendent entre 2 800 000 et 3 500 000 GNF selon leur taille. »

Même inquiétude au marché de Dixinn-Liberté, où les vendeurs craignent de ne pas écouler leur bétail avant la fête. Elhadj Saliou Bah, responsable du parc, déplore une baisse de la clientèle : « Les visiteurs viennent au compte-gouttes. Si la situation continue ainsi, plusieurs vendeurs risquent de repartir avec leurs animaux après la Tabaski. »
À la Tannerie, les acheteurs interrogés expriment le même ras-le-bol. Abdoulaye Soumah, après avoir parcouru plusieurs marchés de la capitale, se dit profondément déçu : « J’ai visité cinq marchés différents, mais partout les prix sont excessivement élevés par rapport à l’année dernière. »
À quelques jours de la Tabaski, entre inflation, difficultés d’importation et baisse du pouvoir d’achat, la fête du sacrifice s’annonce particulièrement éprouvante pour de nombreuses familles guinéennes.
Amadou Diallo













