Devant ses homologues ouest-africains, le président Mamadi Doumbouya a prononcé un discours remarqué, ce dimanche 19 juillet 2026, à l’occasion du 69e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, organisé à Freetown, en Sierra Leone. Le dirigeant guinéen a appelé l’organisation régionale à recentrer son action sur l’intégration économique, le développement et le renforcement de la coopération entre les États membres.
Il a également remis en question le recours aux sanctions contre certains pays de la sous-région, estimant que ces mesures fragilisent davantage les populations
Allureinfo.net vous propose un pan de son intervention:
« C’est avec un profond sentiment de responsabilité, mais aussi de fraternité, que je prends la parole devant cette auguste assemblée, dans la continuité des propos que j’ai eu l’honneur de vous adresser lors de nos différentes rencontres. Ce que j’annonçais alors comme une conviction, c’est ce que je reformule aujourd’hui comme un appel, celui qui résonne au service du bien-être de nos peuples.
L’intégration africaine est la seule voie pour le développement et pour éviter les guerres entre nous. Cette phrase inoubliable des présidents Ahmed Sékou Touré et Gnassingbé Eyadéma illustre l’esprit du traité qui a donné naissance à notre communauté. Lorsque, le 28 mai 1975, les quinze pères fondateurs de la CEDEAO se réunissaient au Nigeria, l’objectif pour eux était clair, très clair et simple : économique et commercial. Face aux grands ensembles qui dominaient le monde, il s’agissait de créer un grand marché commun ouest-africain pour le développement et la paix. Là où il y a le développement économique, il y a la paix. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons être forts et respectés pour faire face aux grands dangers mondiaux. Ce n’est qu’unis que nous pouvons peser. Notre survie, notre prospérité, dépendent d’abord de notre capacité à rester ensemble, unis. La division n’arrange que celui qui divise. Pas de place donc pour la division.
Excellences, les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe, quand elle devait être notre dernier recours.
Or, sans hypocrisie, l’expérience nous enseigne que les sanctions frappent d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elles privent les hôpitaux de médicaments de première nécessité. Elles vident les marchés des denrées indispensables. Elles suscitent et alimentent le trafic en tous genres. Elles pénalisent simplement les filles et les fils de cette terre et de nos ancêtres.
Une communauté qui, pour corriger un État, appauvrit et affaiblit s’éloigne de l’esprit même qui a présidé à sa création. Nos traditions africaines n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant, encore moins l’idée de l’affamer et de le combattre. La vision des pères fondateurs de notre communauté n’était ni punitive, ni répressive. Elle était, avec une clarté que l’histoire n’a jamais démentie, celle d’un espace de prospérité partagée, où la libre circulation des biens, des personnes et des idées devait rapprocher nos peuples plutôt que les isoler.
C’est pourquoi je le dis avec le respect dû à cette assemblée, mais aussi avec la fermeté que commande ma responsabilité de chef d’État, recentrons-nous sur l’essentiel. Faisons de l’économie, de l’investissement productif et du bien-être de nos populations le cœur battant de notre action commune. Une communauté forte n’est pas celle qui sait le mieux sanctionner ses membres. C’est celle qui sait le mieux les faire prospérer ensemble.
Excellences, nous devons adapter nos institutions à la réalité de notre époque. On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle son traitement. Chaque situation appelle sa réponse. »
Décryptage: Amadou Diallo














