Allureinfo.net poursuit le décryptage du discours du président Mamadi Doumbouya, prononcé ce dimanche 19 juillet 2026 à l’occasion du 69ᵉ Sommet ordinaire de la CEDEAO, en Sierra Leone. Face aux attentes concrètes des citoyens, il a précisé que la véritable responsabilité des dirigeants se mesure à leurs résultats, développement, infrastructures, emplois et amélioration durable des conditions de vie.
Le Chef de l’État revient également sur les circonstances ayant conduit à la création de l’organisation, en soulignant le rôle déterminant des militaires dans cette dynamique historique. Il plaide pour des réformes profondes afin de renforcer son efficacité et rappelle que la véritable légitimité des dirigeants se mesure avant tout à leur capacité à répondre aux aspirations concrètes des peuples:
« Chaque nation, chaque peuple porte une histoire, des équilibres et des urgences qui lui sont propres. Vouloir appliquer les réalités différentes d’une seule et même ordonnance, aussi bien intentionnée soit-elle, ce n’est pas, de la rigueur pour moi. C’est une méconnaissance sur la nature même de nos sociétés.
Nos textes fondateurs ont plus d’un demi-siècle. Le monde qu’ils décrivaient n’est plus tout à fait celui que nous vivons. Je le dis avec la conviction d’un grand nombre d’États soucieux de la pérennité de la CEDEAO.
Réformer nos institutions, n’est pas affaiblir, c’est les inscrire dans la durée. Réformer nos institutions, c’est les adapter à nos valeurs, à nos réalités, à nos coutumes, à nos traditions séculaires. Réformer nos institutions, c’est prendre en compte nos réalités, nos spécificités. Si nous avons respecté la règle de l’intangibilité des frontières héritées des accidents de l’histoire, nous ne devons peut-être pas oublier qu’il n’efface pas la réalité des implications, des liens qui unissent, toujours et à jamais, les peuples. Les frontières artificielles héritées de la colonisation nous ont certes séparés, mais nous ne pouvons prendre la responsabilité de les diviser davantage, et, plus grave encore, de les opposer. Il nous faut des mécanismes qui distinguent la fermeté des principes de la rigidité des méthodes, qui reconnaissent la légitimité de chaque nation à assurer le bien-être et la dignité de son peuple. C’est cela la boussole.
C’est pourquoi, avec tout le respect que je dois à chacune et à chacun d’entre vous, je vous exhorte, Excellences, à un retour résolu aux fondamentaux, le développement pérenne et économique. Le peuple n’attend pas de nous que les communiqués ; il attend de l’eau, des routes, des usines, de l’énergie, des marchés ouverts, des emplois pour sa jeunesse. C’est à cette exigence, et à cette exigence seule, que l’histoire jugera notre génération de dirigeants.
Je vous invite également, avec la même sincérité, à engager la refondation de notre modèle de gouvernance vers davantage de participation. Une gouvernance qui associe nos peuples, notre jeunesse, nos opérateurs économiques et notre société civile à la définition même de notre destin commun.
Une communauté ne se décrète pas depuis les seules capitales. Elle se construit avec ceux qui la vivent chaque jour. Une communauté se construit avec tous les enfants, sans exclusive, sans stigmatisation, sans injonction ni influence extérieure. Et sans exclusive.
Le 28 mai 1975, à Lagos, ils étaient quinze pères fondateurs à créer notre communauté qui, depuis plus d’un demi-siècle, nous réunit. Quinze pères fondateurs, parmi lesquels dix militaires et cinq civils. Donc, l’écrasante majorité des fondateurs étaient issus de l’armée. Leur attachement à la paix et à l’unité n’a jamais été démenti. Les militaires sont une partie de nous. Ils ont consenti le sacrifice de leur vie pour préserver notre paix commune. Leur uniforme ne saurait donc constituer leur exclusion de la vie et de la gestion de notre communauté. Ils ne sont ni plus ni moins que les enfants du peuple. Et notre Afrique, dans cette conception, ne constitue pas une exception.
Excellences, la Guinée, fidèle à son histoire et à sa vocation panafricaine, se tient prête à œuvrer aux côtés de chacun de ses pairs à la construction de cette communauté de prospérité partagée que nos devanciers ont rêvée pour nous.
Ce n’est pas en nous divisant par la sanction que nous honorerons leur mémoire. C’est en bâtissant ensemble, par le travail, la solidarité et la justice, l’Afrique de l’Ouest forte, souveraine et prospère à laquelle nos peuples ont droit. Avons-nous d’ailleurs vraiment le pouvoir de les diviser ? Je ne le pense pas. Ceux qui, au fil des siècles, malgré les frontières artificielles, sont restés unis à travers leurs échanges, leurs rites, leurs mouvements et leur commerce.»
Décryptage: Amadou Diallo














