C’est en mars dernier que l’ancien Premier ministre et président du PEDN, Lansana Kouyaté, a été nommé négociateur en chef entre la CEDEAO et les pays de l’AES. Ce dimanche 19 juillet 2026, présent en Sierra Leone à l’occasion du 69ᵉ sommet de la CEDEAO, il a répondu aux questions des journalistes présents.
D’entrée de jeu, la première question a porté sur les résultats de cette démarche en cours. Il a répondu: « Oui, comme vous le dites, les chefs d’État m’ont fait l’honneur et m’ont donné la responsabilité de mener les négociations entre les pays de l’AES, l’Alliance des États du Sahel, et la CEDEAO. Depuis que j’ai été investi, je me suis rendu au Burkina Faso, où j’ai rencontré le président du Burkina Faso, qui m’a réservé un accueil très fraternel et très chaleureux. Les représentants du Niger et du Mali étaient également présents. La réunion s’est très bien passée. Comme cela a été dit, et conformément à ce qui est prévu dans ma désignation, il faut simplement que les deux entités parviennent à établir des accords de coopération. C’est ce qui s’est dégagé lors de cette rencontre. Eux aussi sont prêts. Dès lors qu’ils ont manifesté leur disponibilité, je leur ai demandé de mettre en place une équipe de négociation et de formuler déjà les points sur lesquels ils souhaitent échanger lorsqu’ils rencontreront la partie CEDEAO. Ce qui a été fait. J’ai moi-même eu le privilège d’assister à la réunion ministérielle organisée autour du ministre des Affaires étrangères, avec la représentation de tous les ministères concernés. Cela signifie qu’ils sont déjà prêts à rencontrer l’autre partie, à négocier et à parvenir à des accords. Ils partagent la même population, le même territoire et les mêmes problématiques sécuritaires. Autant la menace djihadiste pèse sur le Burkina Faso et les pays de l’AES, autant elle représente également une menace pour la CEDEAO, notamment avec Boko Haram qui sévit au Nigeria depuis plusieurs années. Ce sont donc deux entités qui partagent beaucoup de réalités communes et il faut trouver une solution. »
Il lui a ensuite été demandé si les trois pays de l’AES étaient prêts à coopérer avec la CEDEAO afin de réintégrer l’organisation. Sa réponse a été sans détour: « La CEDEAO ne m’a pas demandé cela pour l’instant. La CEDEAO m’a investi d’une mission : créer des positions de coopération entre les deux entités. Quand le moment viendra, il faudra parler d’autres choses, mais cela interviendra après que nous aurons déjà franchi cette première phase. »
Après près de cinq mois de démarche, sa mission est-elle accomplie ? Lansana Kouyaté répond: « Pas totalement. Tant que nous n’avons pas terminé, il ne faut pas trop se presser. Il faut avancer lentement. C’est ce que nous sommes en train de faire. C’est la technique de la diplomatie. »
Autre question posée, quelles sont les prochaines étapes ?: « Les prochaines étapes, je dois repartir là-bas, bien sûr. Je serai également en contact avec la CEDEAO, notamment avec l’équipe de la CEDEAO qui me soutient ici, car une équipe a été mise en place à cet effet. Dès que j’ai été désigné à Abuja, ils sont venus me voir à Abidjan. Nous avons eu une réunion très fructueuse et très utile, qui a abouti à une approche commune sur la manière dont nous allons procéder. Je crois donc que je vais continuer dans cette voie. »
Enfin, les journalistes ont voulu savoir si les États de l’AES n’étaient pas totalement fermés à l’idée d’un retour futur au sein de l’organisation. Lansana Kouyaté a également répondu: « Je n’irai pas aussi loin pour l’instant. À chaque chose son temps. Aujourd’hui, ce dont je suis sûr, c’est qu’ils sont prêts à la coopération. Ils sont prêts à la discussion pour identifier les points de convergence.
Fondamentalement, il y a une question préjudicielle qu’il faut se poser : pourquoi, lorsqu’une organisation se crée, surtout en Afrique, y a-t-il toujours des départs ? J’ai été secrétaire exécutif de la CEDEAO. Lorsque j’ai quitté mes fonctions, le personnel avait organisé une fête en mon honneur, en disant que nous avions été dynamiques et que beaucoup de choses avaient été accomplies. J’ai pris la parole pour les remercier, et cela m’a touché. Mais je ne suis pas un rabat-joie. Je préfère vous le dire : pensez-vous que cette idéologie, telle qu’elle existe aujourd’hui, sera toujours la même demain ? Pourquoi ? Est-ce une fatalité que les organisations créées en Afrique finissent toujours par s’écarter, par se démanteler ? Nous devons savoir que tout cela est perçu d’une autre manière par les autres. Si l’Union européenne existe encore, c’est parce qu’elle a su transcender tout ce qui l’opposait pendant la guerre…. »
Décryptage: Amadou Diallo














