Maître Dinah Sampil, l’un des avocats d’Ibrahima Kassory Fofana, a confié à nos confrères de Guinée 7 que l’ancien chef du gouvernement du régime déchu en septembre 2021 n’a toujours pas accès au traitement requis pour sa pathologie. Il est inquiet et décrit une situation préoccupante :
« Sa maladie a fini par s’aggraver du fait de sa détention et surtout du manque de soins appropriés. Depuis avril 2022, il ne recevait plus de soins. Il est malade et cette maladie n’a fait que s’aggraver jusqu’à maintenant. À l’état actuel, il ne peut pas se tenir debout. Il ne peut pas se déplacer seul. Il faut qu’une tierce personne l’assiste. En tant que son conseiller, je vais souvent voir son état de santé, lui rendre visite, discuter avec lui, analyser un peu sa situation par rapport à la législation en vigueur et aux articles invoqués contre lui pour des faits présumés. Je suis très inquiet. C’est un être humain. Quand un organe humain est atteint, il faut le soigner. Si vous ne le soignez pas, vous laissez libre cours à la maladie de progresser. Et si cette progression se poursuit, c’est la mort qui peut s’ensuivre. »
La défense de Kassory Fofana ne s’est pas limitée à cette simple description de son état de santé. Elle a également lancé une alerte: « Aujourd’hui, j’ai de fortes craintes que Kassory ne perde la vie par manque de soins. Je rappelle simplement que depuis 2022, il n’a jamais reçu de soins curatifs. On l’a toujours mis sous calmants, parce que les diagnostics qui ont été posés attestent que son mal ne peut pas être traité en Guinée, car cela nécessite une chirurgie. Cette chirurgie nécessite des équipements appropriés et un cadre hospitalier adéquat, toutes choses qui n’existent pas en Guinée. C’est la raison pour laquelle la conclusion des experts guinéens, à l’époque, était de procéder à son évacuation sanitaire. Ce besoin d’évacuation est donc encore plus actuel aujourd’hui qu’hier. »
Maintenant qu’il bénéficie d’une liberté provisoire, son avocat lance un appel aux autorités administratives du pays: « Il faut signaler une chose. Sur le plan judiciaire, nous estimons que sa liberté lui a été restituée parce que la peine à laquelle il a été condamné a été purgée. Mais il y a un autre fait encore alarmant, il n’est toujours pas autorisé à sortir du territoire national. Cette autorisation doit être donnée par les autorités administratives, puisque sur le plan judiciaire, on peut considérer que la procédure est achevée. La peine est purgée. Mais son titre de voyage, rappelons-le, avait été retiré dès leur arrivée au palais, je crois, sur interpellation du CNRD. Les anciens membres du gouvernement avaient alors été interdits de quitter le territoire et leurs passeports avaient été retirés. Cette situation n’a toujours pas été corrigée à leur égard. Je vous donne l’exemple de l’ancien président de l’Assemblée nationale qui, comme Kassory, se trouve être libéré par la justice et malade également, mais qui n’a pas quitté le pays pour aller se faire soigner. Kassory est donc maintenu dans ce contexte qui est, il faut le dire, assez lamentable, assez pitoyable, parce qu’on peut tout refuser à un être humain sauf son droit à la santé. Voilà pourquoi j’estime que les autorités doivent examiner son dossier avec un autre regard, parce que Kassory, aujourd’hui, est complètement abîmé. »
L’avocat a évoqué les difficultés financières liées à sa prise en charge médicale:
« Depuis cinq mois, l’État a arrêté de payer les frais d’hospitalisation. Or, Kassory, dans son état actuel, ne peut pas se passer de la médecine ni des soins. Il est malade. Cela fait donc cinq mois que la charge des soins lui revient entièrement. Cette situation pose des problèmes, puisqu’il faut trouver les moyens de payer. Ses comptes sont bloqués, leurs contenus ont été attribués à l’État, il n’a plus rien et il se retrouve dans cette situation. Je pense qu’on devrait examiner son cas sur le plan humain, afin qu’en plus du problème de l’incarcération dont il a été victime, un autre problème de créance ne se pose pas avec l’hôpital où il a été admis. Voilà autant de préoccupations qui inquiètent les parents, la famille, les amis et nous-mêmes, ses conseils, qui l’avons accompagné pendant toute cette épreuve d’interpellation, de jugement et de condamnation. »
Maître Dinah Sampil estime que les accusations de blanchiment d’argent ne devraient plus être retenues contre son client:
« À partir du moment où le détournement n’a pas été reconnu à sa charge par la justice, on ne peut plus parler de blanchiment, parce qu’on ne peut blanchir que l’argent que l’on a détourné. Le blanchiment désigne la remise dans le circuit bancaire de sommes d’argent d’origine douteuse, provenant d’une infraction ou d’une activité criminelle. Lorsque l’argent provient du détournement de deniers publics, du trafic de drogue ou de grands crimes, les bénéficiaires tentent de le réintroduire dans le circuit bancaire. C’est cela le blanchiment d’argent. Étant donné que l’infraction de détournement a été écartée par la justice, pourquoi continuer à l’accuser d’avoir blanchi de l’argent ? Quel argent aurait-il blanchi alors qu’il n’a pas été établi qu’il provenait d’un détournement ? Voilà autant de faits clairs, vérifiables et vérifiés, qui militent en faveur de la levée de l’interdiction de séjour de Kassory Fofana afin qu’il puisse bénéficier des soins appropriés », a-t-il expliqué chez nos confrères de Guinée 7.
Décryptage: Amadou Diallo














