Longtemps resté sans encadrement légal en Guinée, le secteur de la sécurité privée est désormais placé sous l’autorité de l’Office de Régulation des Agences de Sécurité et de la Protection Civile. Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à Allure Mag, le Directeur Général de l’ORASPC, Moussa Tatakourou Diawara, dresse l’état des lieux et les perspectives du secteur de la sécurité privée où tout est à faire. Lisez !
Quelle est l’approche que vous privilégiez le plus dans vos interactions avec ces sociétés privées pour les amener à se conformer aux dispositions légales ?
Nous, nous n’avons pas d’autres méthodes. En français facile, nous procédons à votre démantèlement, et nous vous conduisons devant les autorités compétentes. Si vous exercez illégalement une activité, on ne réfléchit pas trop pour vous mettre hors d’état de nuire. Beaucoup d’entreprises opérant dans ce secteur ont d’ailleurs été poursuivies devant la Direction de la Police Judiciaire (DPJ).
Quelles ont été, par exemple, les causes précises qui vous ont conduits à intervenir ? Est-ce qu’il y a eu des infractions bien précises ?
Quand on dit que quelqu’un est en exercice illégal, cela veut dire que l’acte qui doit lui permettre d’exercer cette activité n’a pas d’existence juridique. Autrement dit, il n’a pas d’autorisation délivrée par l’autorité habilitée. Avant de parler des autres infractions, il faut avoir un agrément. Actuellement, nous sommes dans une procédure de retrait de l’agrément d’une entreprise de la place pour manquement à ses obligations. On a averti la société à plusieurs reprises, mais rien n’a changé. Nous étions donc obligés de prendre nos responsabilités. C’est à partir de ce moment que nous avons engagé une procédure de retrait d’agrément. Vous ne faites pas que sanctionner. Au niveau interne, on sait que vous avez mis en place des programmes de formation et d’accompagnement pour les dirigeants des sociétés. Parlez-nous de ces programmes. C’est normal d’encadrer le secteur par des modules de formation et agréer des centres de formation. Parce que qui parle de la sécurité parle de la formation. Lorsqu’un agent de sécurité n’est pas formé, c’est un danger pour la société. Car, il va ignorer sa mission, et agira comme bon lui semble. Par exemple, vous passez un contrat avec une société de gardiennage, elle déploie chez vous un agent, mais il fait autre chose. Vous ne serez pas content de sa prestation. Il est vrai qu’on ne peut pas régler toutes ces questions à la fois, mais nous faisons de notre mieux pour respecter toutes les dispositions y afférentes.
Quelles sont les procédures qui existent dans le cadre de l’ouverture d’une société de sécurité privée ?
D’abord, il y a la formation obligatoire des dirigeants de l’entreprise. Après cette formation, il y a les documents qu’on vous délivre, notamment l’agrément et le certificat d’aptitude. Vous devez les prendre pour vous rendre à l’Agence de Promotion des Investissements Privés (APIP), pour avoir le RCCM. Et vous revenez entamer la deuxième phase qui va vous permettre d’obtenir l’agrément et l’autorisation administrative de la société.

Y a-t-il aussi, à votre niveau ici, une base de données qui cartographie l’ensemble des sociétés privées et de leurs agents sur l’ensemble du territoire national ?
Les sociétés agréées, oui. Mais pour ce qui est des agents, nous ne sommes pas d’abord arrivés à ce niveau. Mais, on avait demandé aux sociétés de faire une déclaration de leurs agents à notre niveau. On a cette base de données créée grâce à la déclaration faite par les entreprises elles-mêmes, mais dont les données chiffrées restent encore questionnables. Les gens peuvent faire de la rétention d’informations. Néanmoins, nous sommes en train d’aller vers la mise en place d’une application qui est à 80% prête aujourd’hui. Elle va nous permettre d’avoir ce genre de données, parce que chaque entreprise va avoir un espace personnel. Et dans cet espace là, ils seront obligés de mettre les informations des agents. Les agents vont avoir des numéros identifiants uniques.
Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés dans la mise en œuvre de votre feuille de route ?
Tout se présente en termes de défis au niveau de notre Office. Nous avons beaucoup de problèmes. Surtout avec certains miniers qui pensent que nos lois doivent tenir compte de leur volonté. Ces miniers ne respectent rien. Nous avons souvent des problèmes avec eux. On est parvenus à réglementer la mise en place d’un service interne de sécurité au niveau des entreprises dont l’objet social n’est autre que l’exercice de la sécurité privée, mais qui décide de s’auto-sécuriser à l’interne. C’est-à-dire les sociétés dans lesquelles ceux qui jouent le rôle d’agents de sécurité sont une partie de leurs salariés. C’est la définition la plus simple. Il est dit dans les textes qu’ils ne sont pas interdits de procéder ainsi, donc ils ne sont pas obligés de faire appel aux sociétés homologuées ou ayant des autorisations auprès de l’ORASPC. Sauf que ces sociétés sont obligées de venir prendre un agrément correspondant à la catégorie d’activité qu’ils sont en train d’exercer à l’interne. Si pour les sociétés qui sont les principaux acteurs de ce secteur, l’exercice de chaque activité est subordonné à une autorisation distincte, pourquoi les services internes de sécurité peuvent-ils cumuler toutes ces activités avec un seul agrément ? Cette situation ne concerne pas toutes les entreprises minières, mais la plupart d’entre elles. Elles sont en train d’essayer de le faire, en estimant qu’elles relèvent exclusivement du Ministère des Mines et de la Géologie, alors qu’elles ont des secteurs d’activités qui confinent à la sécurité et dont la compétence de leur réglementation relève de notre Office. Elles ne pourront donc pas échapper à notre service, parce que ce n’est pas le Ministère des Mines et de la Géologie, mais le Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile. Lorsque vous exercez dans un secteur d’activité, autre que la raison sociale de votre création, vous devez vous soumettre obligatoirement aux textes réglementaires de cette autre activité en tant qu’acteur. Toutes les sociétés minières qui ont des services internes de sécurité sont considérées chez nous comme des acteurs du secteur de la sécurité privée. Puisque cette activité auxiliaire qu’elles font, n’a rien à voir avec leur activité principale. Ce sont nos textes qui sont applicables en la matière, et qui leur sont opposables éventuellement. C’est ce qu’elles ne veulent pas entendre de nos jours.
Quelle est votre vision du secteur dans deux ou trois ans, ou durant le temps que vous passerez ici ? Qu’est-ce que vous aimeriez laisser au secteur de la sécurité privée ?
Ce secteur n’est plus le même depuis la mise en place de notre institution, qui dispose de textes réglementaires, d’agréments sécurisés et d’une vision claire. Aujourd’hui, la perception des populations de ce secteur n’est plus la même qu’avant. Il faut continuer à pérenniser ces acquis et à avancer. Le chantier reste important. Quand vous lisez nos textes, vous vous rendez à l’évidence qu’il y a beaucoup de choses à faire. On a été à une rencontre au Nigéria en décembre 2024, tous les participants ont dit que l’exemple guinéen est l’un des meilleurs de l’Afrique, après l’Afrique du Sud, qui a été le premier pays à mettre cette institution en place depuis plus de 25 ans. Nous sommes le deuxième pays à mettre en place cette institution en Afrique. Et nous sommes le premier dans l’espace CEDEAO. Ce sont les acquis dont la Guinée peut se vanter.
Alluremag N° 001 DU 02 AU 30 juin 2025














