On ne peut plus se taire. Il y a une réalité qui dérange mais que nous devons regarder en face. Celle des footballeurs guinéens qui s’exilent trop souvent dans des championnats faibles, à l’opposé de ce que leur talent promettait. À force d’observer ce schéma se répéter, on ne peut s’empêcher de poser cette question : est-ce un manque d’ambition ou un réel problème de niveau ?
Ce n’est pas une affaire de jalousie. Mais plutôt de fierté nationale, de lucidité et de responsabilité. Comment comprendre qu’un joueur comme Issiaga Sylla, capitaine du Syli National, après avoir connu la Ligue 1 française, choisisse aujourd’hui un club grec de seconde zone ? Ou que Mohamed Ali Camara, solide défenseur central en Suisse, quitte les Young Boys de Berne, habitués aux compétitions européennes pour signer au Maccabi Tel Aviv, dans un championnat à la visibilité limitée ?
Que Aguibou Camara, promis à un grand avenir après ses passages à Lille et à l’Olympiakos le Pirée atterisse à Ludogorets, en Bulgarie.
Des choix de carrière incompréhensibles qui ne datent pas d’aujourd’hui, et qui remontent au temps de leurs illustres ainés de la sélection guinéenne. Karba Bangoura, Sadio Diallo, Ibrahim Yattara, Oumar Kalabane, Alhassane Keita « Otchiko », Seydouba Soumah Konkolet, Mamadou Diouldé Bah « Milla Tegué Tegué »…tous des pépites attendues au plus haut sommet, mais malheureusement qu’on a perdu des radars au fur et à mesure qu’ils avançaient dans leurs carrières respectives.
Ces trajectoires ne sont pas des exceptions. Elles deviennent la norme chez nos internationaux. Pendant ce temps, les Sénégalais, Ivoiriens, Maliens s’installent dans les plus grands clubs européens. Ils disputent la Ligue des Champions, sont titulaires à Chelsea, au Bayern ou au Milan. Chez nous ? Le désert.
Nos rares représentants au plus haut niveau se comptent sur les doigts d’une seule main. Fort heureusement qu’un certain Sehrou Guirassy existe pour faire flotter le tricolore guinéen dans l’élite du football européen.
On se demande alors où est le vrai problème ?
D’abord, la structuration du football guinéen est une catastrophe. Nos joueurs sont souvent livrés à eux-mêmes, sans véritables conseillers de carrière, mal orientés, mal entourés. Beaucoup font des choix précipités, guidés par l’appât du gain immédiat, et sacrifient leur progression sportive sur l’autel de contrats exotiques.
Ensuite, il y a une mentalité à revoir. L’ambition ne se limite pas à être professionnel. L’ambition, c’est vouloir tutoyer l’excellence. C’est viser la Premier League, la Serie A, la Liga, et s’en donner les moyens. C’est comprendre que le vrai statut se gagne sur les terrains les plus exigeants, pas dans le confort de championnats oubliés.
Enfin, le manque de compétition de haut niveau au pays joue contre nous. Nos clubs sont absents du dernier carré des compétitions africaines, nos académies manquent d’exigence, et nos jeunes talents ne sont pas assez préparés aux standards internationaux. Résultat : quand un recruteur hésite entre un Guinéen et un Sénégalais, il choisit le plus exposé, le plus compétitif, celui qui a été formé dans un système cohérent.
Et pourtant, la Guinée a du talent. Elle a toujours eu du talent. Mais sans stratégie, le talent s’épuise, se disperse, se perd. Tant qu’on continuera à célébrer des transferts vers Chypre, Israël, ou la deuxième division turque comme des « exploits », on restera en marge de la carte du football mondial.
Il est urgent de changer cette trajectoire. De structurer la formation, d’éduquer nos jeunes joueurs sur la gestion de carrière, de professionnaliser l’encadrement. Et surtout, d’oser viser haut. Car tant que nos meilleurs footballeurs ne rêveront pas du Real Madrid, de Barcelone ou de Manchester, mais de n’importe quel contrat à l’étranger, nous resterons un pays de talents perdus.
Je ne serai pas surpris un jour d’apprendre que Morlaye Sylla ou Seydouba Cissé, avec un potentiel exceptionnel se retrouvent dans un championnat exotique.
Mohamed Béné Barry














