Depuis plusieurs mois, la Guinée connaît une crise de liquidité persistante. Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi 18 avril 2026 à Conakry, Mohamed Kourouma, Président-Directeur Général de Hamana, a expliqué les causes de cette crise qui mine l’économie guinéenne.
Selon lui, ce phénomène n’est pas nouveau: « Depuis plusieurs décennies, le pays est confronté à des difficultés liées à la circulation de l’argent, surtout dans les banques. Le manque de liquidité est un problème ancien en Guinée. Aujourd’hui, il touche directement la vie des Guinéens.
Déjà sous le président Ahmed Sékou Touré, l’État avait du mal à faire circuler l’argent. Pour récupérer les fonds qui échappaient aux banques, les autorités changeaient les billets et obligeaient les citoyens à déposer leur argent. Ceux qui ne le faisaient pas risquaient de le perdre.
Plus tard, sous le général Lansana Conté, les banques continuaient de manquer de liquidités. Les commerçants étaient souvent invités à déposer leurs fonds pour alimenter les banques, notamment lors des contrôles des institutions financières internationales.
Aujourd’hui, depuis le 5 septembre 2021, la situation a changé, mais le problème persiste. On trouve plus facilement du dollar dans les banques, mais le franc guinéen en espèces devient difficile à obtenir. Pourtant, il y a une explication simple à cela », a-t-il affirmé.
Il estime que l’une des raisons de cette crise est la mauvaise gestion de la monnaie, rappelant que l’argent existe, mais qu’il ne circule pas bien. Il ajoute qu’une grande partie de l’argent ne passe pas par les banques parce qu’« une frange importante de la population n’a pas de compte bancaire, donc échappe à tout contrôle.
Ce n’est donc pas que l’argent a disparu, c’est surtout qu’il circule mal dans le pays », a-t-il réitéré, tout en mentionnant qu’en 1984, un (1) dollar valait environ 25 francs guinéens.
Il poursuit : « Entre 1984 et début 2021, un (1) dollar valait entre 11 500 et 12 000 francs guinéens. Or, normalement, la variation d’une monnaie se situe entre 10 et 20 francs. Depuis le 5 septembre 2021, un (1) dollar se situe entre 9 000 et 9 500 francs guinéens. Cela montre que la valeur du franc guinéen a beaucoup évolué avec le temps. Mais aujourd’hui, le vrai problème reste la disponibilité de l’argent en espèces », a-t-il expliqué, précisant que la Guinée a signé une convention avec des institutions monétaires internationales, notamment la Banque mondiale.
Plus loin, le PDG de Hamana a tenu à dédouaner les commerçants de toute responsabilité: « Certains disent que les commerçants gardent leur argent, mais non. Le problème, ce n’est pas eux », a-t-il tranché.
Pour sortir de cette crise, le conférencier propose le recours à la monnaie électronique: « Il faut accepter de travailler désormais avec Orange Money, Mobile Money, les chèques et les virements. Il faut réduire l’utilisation du cash. Le monde a évolué », a-t-il suggéré, avant de saluer les réformes économiques engagées par l’actuel gouverneur de la Banque centrale.
Interrogé sur une éventuelle création du billet de 50 000 GNF, il répond : « Ce n’est bon ni pour la population ni pour le gouvernement, car cela risque d’entraîner une inflation », a-t-il prévenu.
Marliatou Sall














