Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a accordé, samedi 2 mai, une longue interview de plus de deux heures à la presse nationale, au cours de laquelle il a abordé la situation économique du pays, mais surtout clarifié la nature de ses relations avec son Premier ministre, Ousmane Sonko.
Face à trois journalistes issus de la RTS, de Walf TV et de TFM, le chef de l’État sénégalais a dressé un tableau économique préoccupant, tout en assumant publiquement l’existence de divergences politiques au sommet de l’exécutif.
Des tensions assumées au sein du pouvoir
Interrogé sur ses rapports avec son Premier ministre et leader du parti au pouvoir, le Pastef, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur un point : la confiance entre les deux hommes demeure intacte, malgré des désaccords sur certains dossiers majeurs.
Le président sénégalais a notamment exprimé des réserves sur la réforme du code électoral adoptée récemment par l’Assemblée nationale à l’initiative de députés du Pastef. Un texte vivement critiqué par l’opposition, qui y voit une manœuvre destinée à sécuriser une éventuelle candidature d’Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029.
Sans citer directement son Premier ministre, Bassirou Diomaye Faye a également dénoncé une « personnification » du projet politique porté par leur formation commune, rappelant que les sacrifices consentis par les militants ne visaient pas la promotion d’un individu.
« Le Sénégal n’a pas besoin de messie, mais d’une masse critique de citoyens », a-t-il déclaré, appelant à dissocier le projet politique du leadership personnel.
Une relation politique sous observation
Ces déclarations illustrent un équilibre délicat entre solidarité institutionnelle et affirmation d’une autonomie présidentielle. Si Diomaye Faye confirme la confiance existante avec Ousmane Sonko, il marque néanmoins sa volonté de tracer sa propre ligne politique, distincte de celle du chef du gouvernement.
Cette prise de position intervient dans un contexte où plusieurs observateurs évoquent déjà une cohabitation politique singulière entre deux figures majeures issues du même mouvement mais désormais confrontées aux réalités de l’exercice du pouvoir.
Des perspectives économiques difficiles
Sur le plan économique, le président sénégalais a également préparé l’opinion publique à des mesures potentiellement impopulaires. Après les mises en garde du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, il a annoncé que des « temps difficiles » attendent les Sénégalais.
En cause : la flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. Le budget national avait été construit sur un baril estimé à 64,5 dollars, alors que celui-ci avoisine désormais les 119 dollars. Une situation qui pourrait contraindre le gouvernement à appliquer la « vérité des prix » sur les produits énergétiques.
Macky Sall non soutenu pour l’ONU
Le chef de l’État est enfin revenu sur la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, au poste de secrétaire général de l’ONU. Bassirou Diomaye Faye a affirmé que l’État sénégalais ne soutenait pas cette initiative, précisant ne pas avoir été informé ni associé à cette démarche.
À travers cette interview, le président sénégalais a ainsi cherché à clarifier la dynamique du pouvoir à Dakar. Une collaboration maintenue avec Ousmane Sonko, mais accompagnée d’une volonté affirmée d’indépendance politique et institutionnelle.
Mohamed Béné Barry
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