Dans une Guinée en plein chambardement politique, plusieurs partis vacillent sur leurs fondations. Le Mouvement Démocratique Libéral (MoDeL), orphelin de son président, Mamadou Aliou Bah, incarcéré, tente de ne pas plier l’échine face à la tempête.
Le 28 mai 2025, la condamnation de son leader à deux ans de prison ferme pour « offense au chef de l’État » a été confirmée en appel. Pourtant, ni le choc de la sentence ni l’absence prolongée du dirigeant ne semblent avoir paralysé les structures du MoDel. À Nongo, dans la commune de Lambanyi, le siège du parti garde le même rythme d’animation qu’avant l’arrestation de son leader. Pourtant, « Aliou Bah n’est pas seulement un président. C’est notre boussole morale, notre repère politique », souffle Moïse Diawara, porte-parole du parti, les yeux fixés sur une affiche géante du leader accrochée derrière lui.
Depuis janvier 2025, six sit-in ont été organisés dans l’enceinte même du siège. Une cour fermée, s’étalant sur plusieurs mètres carrés, au sol partagé entre béton et gravier. Les couleurs rouge-bleu du parti enveloppent la villa composée de plusieurs bureaux et une terrasse. Ce lieu reçoit encore plusieurs militants et sympathisants du jeune leader politique, à l’occasion des assemblées générales hebdomadaires du parti.
Le rituel est toujours le même. Prises de parole libres, lectures de déclarations, témoignages, chants patriotiques, et parfois, un poème déclamé en l’honneur du président prisonnier. « C’est la première fois que je milite », confie Mamadou Diallo. « Et c’est à cause d’Aliou Bah. Il m’a conquis par sa sincérité. Tant qu’il sera détenu, je viendrai ici chaque semaine. » Dans une Guinée en plein chambardement politique, plusieurs partis vacillent sur leurs fondations. Le Mouvement Démocratique Libéral (MoDeL), orphelin de son président, Mamadou Aliou Bah, incarcéré, tente de ne pas plier l’échine face à la tempête.
Pendant que la mobilisation s’installe dans la durée, le MoDeL continue de ferrailler sur le front judiciaire. Après l’échec de l’appel en Guinée, le dossier Aliou Bah a été porté devant la Cour de justice de la CEDEAO. Et pourrait même être soumis à l’Union africaine. « Nous irons jusqu’au bout. Notre ligne reste la même : la légalité, toujours », insiste Moïse Diawara.
Loin donc de se limiter à la contestation, le MoDeL se renforce en interne. Récemment déclaré conforme à la Charte des partis politiques suite au processus d’évaluation conduit par le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le MoDel estime avoir ainsi décroché son certificat d’aptitude à exercer. « Ce certificat, c’est le fruit d’un travail rigoureux, discret mais acharné », confie Mamadou Malal Bah, responsable des affaires juridiques.
Durant les derniers mois, la force du MoDeL résiderait aussi dans sa capacité à mobiliser une nouvelle génération politique. « Le MoDeL, c’est l’espoir d’une jeunesse qui ne veut plus subir. On parle de démocratie, pas comme d’un mot creux, mais comme d’un projet de société vivant », résume Mariame Sall, rencontrée lors du cinquième sit-in.
L’avenir du MoDeL s’écrit avec une équation complexe. Maintenir la pression pour la libération de son leader, tout en préparant les prochaines échéances électorales. La question reste ouverte. Comment exister électoralement sans visage de campagne ?
Mais à Nongo, l’optimisme l’emporte: « Le MoDeL tient debout. Aliou Bah nous a montré le chemin, maintenant c’est à nous d’avancer », conclut Moïse Diawara, le regard tourné vers la foule de militants réunis au siège du parti.
En dépit des épreuves qu’il traverse, le MoDeL semble donc plus que jamais déterminé à poursuivre sa mission, dans un contexte politique on ne peut plus délicat.
ALLURE MAG N° 002 | DU 02 AU 31 JUILLET 2025














