La désinformation en santé n’est pas un phénomène marginal en Guinée. C’est un risque de santé publique, structuré et organisé, qui traverse l’ensemble des acteurs : professionnels de santé, médias, institutions, influenceurs et acteurs économiques.
En tant que médecin et citoyen, je distingue volontiers trois réalités souvent confondues. La mésinformation : une information fausse partagée sans intention de nuire — on relaie un message sans en vérifier la source. La désinformation : la fabrication délibérée d’un contenu trompeur pour manipuler. Et une troisième forme, plus insidieuse : l’instrumentalisation de faits avérés, sortis de leur contexte ou déformés pour orienter une opinion. Cette typologie, formalisée par le Conseil de l’Europe et reprise dans les travaux de l’OMS sur la gestion de l’infodémie, mérite d’être mieux connue de nos professionnels comme de nos publics.
Ce qui rend la Guinée vulnérable n’est pas un manque d’intelligence collective, mais un déséquilibre : une production de connaissances scientifiques trop lente et trop peu accessible, face à une diffusion de contenus trompeurs rapide, émotionnelle, et amplifiée par des algorithmes qui récompensent l’engagement plus que l’exactitude. Ajoutez à cela une défiance croissante envers la parole publique, et le terrain devient fertile pour toutes les formes de manipulation — y compris, parfois, chez des professionnels de santé eux-mêmes.
Nous ne sommes pas seuls face à ce défi. L’Alliance pour la riposte contre l’infodémie en Afrique (AIRA), portée par l’OMS-Afro et ses partenaires continentaux, ainsi que l’initiative Viral Facts Afrique, montrent qu’une réponse structurée est possible à l’échelle régionale. En France, le ministère de la Santé vient tout juste de lancer, en janvier 2026, une stratégie nationale comparable : création d’un observatoire de la désinformation en santé, dispositif d’infovigilance, renforcement de l’éducation à l’esprit critique. La Guinée n’a pas à réinventer la roue : elle peut s’inspirer de ces modèles tout en construisant une réponse adaptée à son contexte.
Je propose trois leviers complémentaires :
- Renforcer la culture scientifique et l’esprit critique, dès le plus jeune âge et tout au long de la formation des professionnels de santé. La recherche récente sur les techniques de « pré-bunking » (inoculation cognitive) montre des résultats prometteurs, mais aussi ses limites en conditions réelles : ces apprentissages doivent être répétés et contextualisés, et non se limiter à une campagne ponctuelle.
- Structurer une politique publique de l’information en santé, avec la création d’un observatoire indépendant et transparent — dont le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique serait membre actif, sans en être l’unique pilote, pour garantir sa crédibilité auprès du public.
- Améliorer notre dispositif de détection et de réponse rapide : veille des réseaux sociaux, partenariats avec les organisations de vérification des faits, formation des communicants publics à répondre vite, sans stigmatiser, en privilégiant le dialogue.
La désinformation en santé coûte des vies : l’OMS estimait que près de 6 000 personnes dans le monde avaient été hospitalisées, en trois mois seulement, pour avoir suivi de fausses informations sur la COVID-19. La Guinée ne peut pas attendre la prochaine crise sanitaire pour agir. C’est une responsabilité collective — ministère, professionnels de santé, médias, plateformes numériques, influenceurs et société civile.
À nous d’en faire une priorité commune.
Dr Amara DIAWARA
DG Campus France Guinée
CEO Afriqcare













