Les obsèques de Hadja Andrée Touré se poursuivent au Palais du peuple. La cérémonie a débuté par la lecture de la biographie de la défunte, retraçant les grandes étapes de sa vie, de son engagement et de son parcours exceptionnel. C’est Mme Fatoumata Seinkoun Kaba qui a fait cette lecture. Elle a débuté par des dates importantes:
« C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole pour retracer une petite partie de la vie de Tantie Andrée. Ça a été dit tout à l’heure, il y a des femmes dont le destin épouse celui de la nation, et Tantie Andrée Touré était de celles-là. La maman de Kôro Ami, de Mohamed, de Lalame, elle est née à Macenta en 1934, fille d’un médecin français et fille aussi de Kaïssa Kourouma, chose que peu de gens savent, elle est également la petite-fille de Bakary Kourouma, l’un des fondateurs de la ville de Macenta. Elle est l’aînée d’une grande fratrie, elle était la sœur de Hadja Fatoumata Keïta Tanti Tata, de Tanti Astouba, de Tanti Sayon, de Tanti Sonaba, mais aussi d’Elhadj Mory Keïta, et des colonels Lancinet et Louncény Keïta. Sa famille, c’était aussi l’oncle Abdourahmane Seinkoun Kaba, mentor du jeune Ahmed Sékou Touré à l’époque, et chez qui ils se sont rencontrés avant le mariage. J’ai l’honneur d’être la petite-fille de cet Abdourahmane Seinkoun Kaba. »
Ensuite, elle a sommairement rappelé ses moments de gloire auprès de son défunt mari : « Après son mariage avec le président Ahmed Sékou Touré, comme nous le savons, elle a été à ses côtés, et pendant plus d’un quart de siècle, elle a accompagné le président dans l’exercice de ses fonctions. Ensemble, ils ont porté la voix de la Guinée, de Pékin à Washington, de Moscou à Belgrade, et bien au-delà. Elle s’investit également au service des femmes, de l’éducation et des œuvres sociales, laissant notamment son empreinte à travers le Jardin du 2 Octobre. »
Tout n’a pas été rose durant son parcours. Mme Fatoumata Seinkoun Kaba rappelle quelques moments qui ont commencé en 1984 :
« Et puis un jour, l’histoire bascule. Mars 1984, le président décède et celle qui avait connu les plus hauts sommets de l’État est arrêtée, emprisonnée, avec son fils et plusieurs de ses proches, dépossédée de ses biens, puis contrainte à l’exil. À ce moment-là, tout lui a été retiré, sauf l’essentiel, sa dignité. Dans cette épreuve, le roi du Maroc et le président de la Côte d’Ivoire lui ouvrent leurs portes et offrent protection, soutien et réconfort. »
Puis est venue l’année 2000, marquant le retour de l’ancienne Première dame Hadja Andrée Touré en Guinée : « C’est en l’an 2000 qu’elle retourne enfin en Guinée. Devenue ex-Première dame, elle affronte de nouvelles épreuves. Là encore, elle fait montre de résilience, de dignité. Et comme elle est née sous une bonne étoile, je dirais, elle finira dans l’honneur et la gloire, la preuve. »
Dans sa lecture, Mme Fatoumata Seinkoun Kaba rappelle le rôle du président Mamadi Doumbouya, qui, selon elle, a redonné le sourire à la famille du défunt président Ahmed Sékou Touré, en citant plusieurs exemples :
« Le président Mamadi Doumbouya sera jamais associé à cette belle fin de Tanti Andrée. Par les actes qu’il a posés, à la hauteur de l’histoire et de la mémoire que nous connaissons tous, l’aéroport Ahmed Sékou Touré c’est lui, la restitution des biens, le soutien à Tanti Andrée à la famille jusqu’au bout. On ne pourra plus jamais parler de l’histoire de Tantie Andrée sans mentionner le président Mamadi Doumbouya. Et à travers ces gestes du président, c’est une nation qui s’est réconciliée avec une part d’elle-même. Il a choisi d’honorer aussi celles et ceux qui l’ont façonnée, puisqu’au-delà de Tanti Andrée, le président a aussi fait des gestes envers les anciens chefs d’État. Mais pour en revenir à Tanti Andrée, elle fut une épouse fidèle, une mère courageuse, une sœur protectrice, une vraie femme de caractère et un témoin privilégié de l’histoire de notre République. À travers d’ailleurs son livre, fait marquant pour les Premières dames de son époque, écrire un témoignage de l’histoire vécue a laissé à la jeunesse, comme elle le souhaitait, un pan de l’histoire de la Guinée. Que son parcours rappelle à chacun de nous que les nations grandissent lorsqu’elles savent regarder leur histoire avec lucidité. Honorer celles et ceux qui l’ont façonnée et transmettre cette mémoire aux générations futures. Repose en paix, Tanti Andrée », a-t-elle rappelé.
Amadou Diallo














