L’animateur de radio et de télévision malien Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, a été condamné ce lundi 17 août 2026, à dix ans de prison, dont trois avec sursis, par un tribunal de Bamako. Figure connue de la société civile malienne et voix critique de la junte, il était détenu depuis mars 2023.
Ras Bath était jugé aux côtés de l’influenceuse Rokia Doumbia, dite « Rose, la vie chère ». Tous deux ont été reconnus coupables d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État », à la suite notamment d’une émission consacrée en 2023 à la hausse des prix et aux difficultés économiques rencontrées par les Maliens.
Très suivi par la jeunesse, Ras Bath s’est fait connaître à travers ses émissions de radio et de télévision, dans lesquelles il abordait des questions sociales et politiques et dénonçait les difficultés auxquelles sont confrontées les populations. Son slogan, « Choquer pour éduquer », lui a valu une forte audience, mais également plusieurs démêlés avec la justice.
Lors du procès, ouvert le 10 août devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako, le tribunal a notamment évoqué des échanges entre Ras Bath et Rokia Doumbia sur WhatsApp pour établir l’existence d’une association entre les deux accusés. Les avocats de l’animateur ont rejeté ces accusations.
Le procureur a, de son côté, estimé que Ras Bath représentait « un danger pour la transition » et qu’il fallait, selon des avocats cités par l’AFP, « le tenir loin des réseaux sociaux, de la radio ».
Détenu depuis trois ans et demi, Ras Bath avait déjà été arrêté à plusieurs reprises par le passé. En août 2016, il avait été interpellé pour « incitation à la désobéissance des troupes » avant d’être libéré deux jours plus tard. En décembre 2020, il avait également été arrêté dans une affaire de présumé complot contre le gouvernement de transition, avant de retrouver la liberté en avril 2021, la procédure ayant été annulée faute de preuves.
Avant son inculpation dans le dossier ayant conduit à sa condamnation lundi, l’animateur était déjà détenu depuis mars 2023 pour avoir affirmé que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été « assassiné ».
Cette condamnation intervient dans un contexte marqué au Mali par de fortes restrictions des libertés depuis l’arrivée au pouvoir des militaires. Le pays est dirigé par une junte depuis les coups d’État de 2020 et 2021.
Aboubacar Sidiki Camara














