Après cinq longues années d’exil, les équipes nationales guinéennes de football et les clubs peuvent enfin entrevoir un retour à la maison. La CAF a accordé une homologation temporaire au vieux stade du 28-Septembre. Une nouvelle qui, à première vue, a tout pour réjouir.
Le vieux stade a fait son lifting. Et pas n’importe lequel. Un lifting qui se chiffre, selon les autorités, en millions de dollars. De quoi rendre jaloux certains stades flambant neufs du continent.
Dès le mois de septembre, à l’occasion des éliminatoires de la CAN 2027, le public guinéen pourrait donc retrouver la bande à Sehrou Guirassy à domicile. Après cinq années à sillonner le continent, le Syli National retrouve enfin son jardin.
Les autorités guinéennes et leurs corollaires n’ont d’ailleurs pas boudé leur plaisir. L’annonce de la CAF a été brandie fièrement, presque comme un trophée. Et il faut reconnaître que le retour des équipes guinéennes à domicile constitue une bonne nouvelle.
Mais derrière les applaudissements, un chiffre est venu jouer les trouble-fêtes.
250 millions de dollars.
C’est le montant annoncé par le département des Sports pour la rénovation du stade du 28-Septembre et du stade Général Lansana Conté de Nongo.
Et là, changement d’ambiance.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent. Stupéfaction, incrédulité, interrogations, comparaisons… Chacun sort sa calculette, son téléphone et parfois même son diplôme d’ingénieur en génie civil obtenu en urgence sur Facebook.
250 millions de dollars pour rénover deux stades !
À ce tarif-là, certains se demandent si la Guinée n’aurait pas simplement pu commander deux nouveaux stades, emballage compris, avec livraison à domicile.
Évidemment, comparaison n’est pas raison. Les coûts d’une infrastructure dépendent de nombreux paramètres : normes, équipements, travaux annexes, aménagements, études, matériaux, main-d’œuvre et bien d’autres éléments. Mais lorsque les chiffres atteignent de tels sommets, il devient légitime de poser des questions.
Et les questions ne manquent pas.
Comment arrive-t-on à un tel montant ? Quelle est la ventilation exacte des dépenses ? Combien pour le 28-Septembre ? Combien pour Nongo ? Quels travaux ont réellement été réalisés ? Quels marchés ont été attribués ? Et surtout, pourquoi une rénovation coûte-t-elle aussi cher ?
Parce qu’au fond, le problème n’est pas seulement de savoir si les stades sont beaux. Il est aussi de savoir combien ils ont coûté au contribuable.
Le débat est donc ouvert. Et il est même houleux.
D’un côté, il y a ceux qui préfèrent regarder le terrain. Le Syli revient à Conakry, le public retrouve son équipe et les clubs guinéens peuvent espérer sortir de leur interminable exil continental.
De l’autre, il y a ceux qui regardent la facture plutôt que la pelouse. Et leur question est simple : avec 250 millions de dollars, n’aurait-on pas pu construire une nouvelle enceinte moderne, plutôt que de donner un énième coup de peinture à des infrastructures vieillissantes ?
Après cinq ans d’exil, le football guinéen rentre donc à la maison.
Reste maintenant à savoir si, derrière les portes du stade, la facture aussi sera homologuée par l’opinion publique.
Car la CAF a donné son feu vert au 28-Septembre.
De la Guinée à l’étranger, les chiffres donnent le tournis à plus d’un.
Les Guinéens, eux, demandent encore à voir les comptes.
Mohamed Béné Barry













