À moins d’un mois de la rentrée des classes, parents d’élèves et tuteurs sont déjà plongés dans une course contre la montre. Dans les foyers, on calcule, on compare les prix, on négocie. Il faut trouver les moyens d’acheter les fournitures scolaires, confectionner les tenues, renouveler les chaussures et, surtout, s’acquitter des frais de scolarité. Pour de nombreuses familles, cette période, pourtant synonyme de retrouvailles avec les bancs de l’école, ressemble davantage à une nouvelle épreuve financière.
Dans ce premier numéro de votre Dossier de la semaine, nous sommes allés à la rencontre des vendeurs et des parents dans plusieurs quartiers de Conakry pour prendre le pouls du marché de la rentrée scolaire. Sacs, tissus, tenues, cahiers, stylos et chaussures, combien faut-il désormais débourser pour équiper un enfant avant le mois d’octobre ?
Première escale, dans l’atelier de couture « Fatimé Création ». Il est 14 heures, ce jeudi 3 septembre 2026. Sur le tronçon Kobaya-Foulamadina, la chaleur de l’après-midi enveloppe les rues. À l’intérieur de l’atelier de couture « Fatimé Création », quatre machines à coudre tournent presque sans interruption. Le ronronnement mécanique des appareils couvre les conversations. Des morceaux de tissus sont posés sur les tables, d’autres pendent aux murs ou s’entassent dans un coin de la pièce. La responsable de l’atelier, elle, ne quitte pas des yeux ses ouvrières.

Entre deux coups d’œil sur les commandes, elle distribue ses dernières consignes : « J’ai dit hier de donner la priorité aux différents tissus. Je viens de Coyah, chez mon fournisseur. Cette année, une tenue prête à porter coûte 80 000 FG », explique-t-elle, avant de se tourner vers ses couturières : « Oumou, c’est compris ? Foulé, tu m’as entendue ? ».
Pour les enfants, de la maternelle jusqu’en 6e année, le prix annoncé est de 80 000 FG, toutes catégories confondues. À partir de la 7e année jusqu’à la terminale, il faut compter 140 000 FG, tissu et couture compris. Pour les parents qui préfèrent acheter eux-mêmes le tissu, la facture est différente. 30 000 FG pour les plus petits, 50 000 FG pour les élèves des niveaux intermédiaires et 80 000 FG pour les lycéens, uniquement pour la confection : « Je vous dis que c’est devenu plus cher cette année », insiste-t-elle. Dans cet atelier, les commandes commencent déjà à s’accumuler. À quelques semaines de la rentrée, les couturières savent que les journées seront longues et que les machines ne devraient pratiquement pas s’arrêter.
De Kobaya à Sonfonia, il faut à peine sept minutes à moto. Le long de la route, derrière les murs en béton et au milieu du va-et-vient incessant des véhicules et des passants, le commerce des fournitures scolaires prend progressivement possession des rues. Dans des cônes et des haut-parleurs installés près des étals improvisés, dans les bras des vendeuses ou directement au bord de la chaussée, les appels se succèdent. Chacun tente d’attirer l’attention des parents : « Mon sac pour les enfants est à 70 000 FG. Il y en a aussi à 75 000 FG. Si tu me dépasses, tu vas l’acheter à 85 000 FG. C’est le bon moment….». Les annonces tournent en boucle, dans les langues nationales. Elles se mélangent au bruit des moteurs, aux klaxons et aux conversations des passants. Plus loin, les vendeurs de tissus prennent le relais : « 15 000 GNF 18 000 GNF, 20 000 GNF. Venez, venez, venez……». Un autre commerçant brandit des stylos devant les passants : « 1 000 FG, tu achètes deux, je t’offre un autre…. »

Dans cette agitation, la rentrée scolaire n’est plus une simple échéance inscrite sur le calendrier. Elle se fait entendre dans chaque coin de rue, dans chaque appel de vendeur, dans chaque prix crié à haute voix. Direction Matoto. Ici aussi, le décor est presque identique. Les fournitures scolaires occupent les devantures des boutiques et les étals improvisés. Les sacs sont suspendus les uns à côté des autres, dans des couleurs et des modèles différents. Certains sont destinés aux plus petits, d’autres aux collégiens ou aux adultes. Dans sa boutique, Ousmane Baldé explique que les prix varient principalement en fonction de la qualité et de la provenance des marchandises : « Ici, chaque sac a son prix. Il y en a pour les enfants et pour les adultes. Les sacs pour la maternelle sont entre 100 000 et 150 000 FG. Pour le primaire et le collège, ça peut monter jusqu’à 250 000 FG. Certains viennent de Chine, d’autres de Dubaï, donc forcément, les tarifs diffèrent », explique-t-il.
Mais derrière cette diversité de produits se cache une autre réalité, celle d’un marché qui peine à trouver ses acheteurs. Il est environ 16 heures. Pourtant, l’activité commerciale reste bien en dessous des attentes du vendeur : « Avec la conjoncture actuelle, les clients sont rares. Je n’ai même pas vendu cinq sacs », confie-t-il, visiblement préoccupé.

À cinq minutes de Matoto, toujours à moto, nous arrivons à Cosa. Aux abords des rails, le commerce informel se déroule à ciel ouvert. Sur des tables de fortune, au sol ou suspendues à des cordes, les fournitures scolaires sont exposées en vrac. Les vendeurs interpellent les passants, tandis que les parents s’arrêtent, touchent les tissus, examinent les sacs et demandent les prix. Parmi eux, Abdoulaye Soumah, père de huit enfants, tente de préparer la prochaine rentrée. Face au commerçant, il discute longuement du prix des tenues scolaires. La conversation est directe, presque mécanique : combien coûte le mètre ? Et une tenue complète ? Peut-on réduire le prix si plusieurs enfants doivent être habillés ?
Le vendeur finit par répondre : « Le mètre de kaki, c’est 20 000 FG. Si vous voulez une tenue déjà cousue, je peux la faire à 100 000 FG par personne. » Pour un père de famille de huit enfants, le calcul devient vite vertigineux. À 100 000 FG la tenue, l’habillement représente déjà une dépense de 800 000 FG, avant même de parler des sacs, des chaussures, des cahiers, des stylos et des autres fournitures.

Dernière escale, Koloma. Ici, les allées étroites sont animées par un ballet continu de parents, d’enfants et de commerçants. Les négociations vont bon train. Mariama Diouldé Diallo détaille les différents tarifs proposés à sa clientèle : « Le gros sac pour les enfants est à 170 000 francs guinéens, le petit à 150 000 FG. Les tenues prêtes à porter coûtent 120 000 FG l’unité, mais si vous en prenez deux ou trois, je peux les céder à 100 000 FG chacune…. »
Puis viennent les chaussures : « Pour les chaussures de sport, les prix vont de 80 000 FG jusqu’à 200 000 FG », précise-t-elle. Les planeurs, eux aussi, sont exposés à différents tarifs. 25 000 FG, 45 000 FG, jusqu’à 79 000 FG, selon le modèle et la qualité.
En 2026, à Conakry, derrière les sacs flambant neufs, les cahiers soigneusement alignés et les chaussures fraîchement achetées, se dessine le visage d’une rentrée scolaire marquée par les sacrifices. Une rentrée où, pour beaucoup de parents, envoyer un enfant à l’école relève moins d’une simple obligation parentale que d’un véritable parcours du combattant.
Amadou Diallo














